Pour Don Carlos

Francis Lopez (1916-1995)

 

Un peu d’histoire

L’action de Pour Don Carlos se déroule en 1875, dans la phase finale d’une période troublée de l’histoire espagnole. Cette période débuta en 1830, année au cours de laquelle le roi d’Espagne Ferdinand VII modifia en faveur de sa fille Isabelle, et au détriment de son frère Don Carlos et de ses descendants, l’ordre de succession à la couronne. Le nom de Carliste fut donné à tous ceux qui refusèrent de reconnaître cette décision.Dès la mort de Ferdinand (1833), un premier soulèvement carliste éclata dans le pays basque. Après plusieurs années de lutte, Don Carlos dut s’enfuir en France, où il fut interné à Bourges.
À sa mort, en 1855, le carlisme se reconstitua autour de son fils qui tenta, aidé de son frère cadet Ferdinand, de débarquer à l’embouchure de l’Ebre et de soulever l’Aragon. Arrêtés, ils obtinrent leur liberté par une renonciation à leurs droits à la couronne, sur laquelle ils revinrent sitôt libérés.
Le parti carliste se reforma autour de Don Carlos (1848-1909), fils de Don Juan, frère des précédents. Une première tentative pour reprendre le trône d’Espagne échoua (1870-1872) ; une seconde tentative faillit réussir en 1873, lorsque Don Carlos se rendit maître d’une grande partie du nord et du nord-ouest de l’Espagne. Mais l’avènement d’Alphonse XII au trône d’Espagne fut suivi de victoires qui contraignirent Don Carlos à un exil définitif. Don Carlos mourut à Varèse en 1909. Cet exil anéantit les espoirs du parti carliste, mais non son existence, car ce mouvement, défenseur du traditionalisme politique et religieux se survit encore, surtout en Navarre.

L’opérette

Dans son ouvrage « Trompe l’œil », Maurice Lehmann analyse ainsi la situation de l’opérette en France tout de suite après la seconde guerre mondiale :
« Il faut reléguer Michel Strogoff et Le Tour du Monde au magasin des accessoires. André Baugé, Bach, c’est déjà le passé. Les opérettes à grand spectacle subsisteront si la formule évolue…. »
Il fallait donc à la fois renouveler le genre et découvrir de nouveaux talents. Paradoxalement, c’est un petit théâtre, le Casino-Montparnasse qui montra la voie avec cette Belle de Cadix qui vit le triomphe de Francis Lopez, Raymond Vincy et Luis Mariano.

Henri Montjoye, directeur de la Gaîté-Lyrique, fit d’abord appel à un compositeur célèbre et un jeune premier déjà connu, c’est-à-dire à Maurice Yvain et André Dassary (Chanson Gitane, 1946). Puis, il mit son théâtre à la disposition de Francis Lopez et Luis Mariano (Andalousie,1947).
Au théâtre Mogador, Henri Varna s’adressa à son ami Vincent Scotto, encore tout auréolé de ses réussites dans l’opérette marseillaise. Vincent Scotto sut élargir sa manière. Violettes Impériales (1948) fut son triomphe, et celui d’un jeune baryton, Marcel Merkès, qui avait débuté l’année précédente à Mogador dans une reprise de Rêve de Valse.

Maurice Lehmann, qui présidait aux destinées du Châtelet depuis 20 ans, dut attendre 1950 pour trouver son premier succès indiscutable de l’après-guerre. En effet, ses deux premiers essais, La Maréchale sans Gêne et Annie du Far West, sans être des échecs, ne furent pas des succès déterminants. Maurice Lehmann fit alors appel à Francis Lopez et demanda à Pierre Benoît l’autorisation de tirer une opérette de l’un de ses livres. Il s’assura la collaboration de André Mouëzy-Eon et Raymond Vincy. La première représentation de Pour Don Carlos eut lieu le 16 décembre 1950 avec Georges Guétary et Maria Lopez dans les rôles principaux. Maurice Lehmann commente ainsi l’accueil fait à cet ouvrage :
« Cette fois-ci, nous pressentons le succès. La pièce part en trombe. La musique est pimpante, agréable. Lopez est absolument à son affaire dans ce genre d’ouvrage, et le livret a été habilement adapté par Raymond Vincy. Tout cela doit marcher, c’est sûr. Georges Guétary et Maria Lopez, une nouvelle venue arrachée à l’Opéra où elle a passé une année après trois premiers prix de Conservatoire, forment un couple idéal. Ils accaparent la première page des journaux ».

Pour Don Carlos se joue un an au Châtelet. Bien entendu, la province prend ensuite le relais. Aujourd’hui, l’ouvrage a pratiquement disparu du répertoire. On se demande pourquoi, car le livret est meilleur que celui de bien des opérettes de ce style qui elles, sont toujours représentées, et que la partition de Lopez comprend des airs bien venus qui eurent à la création un succès médiatique indiscutable : « Bergerette », « Je suis un bohémien », « La fête en montagne », chantés par Georges Guétary, l’air-titre « Pour Don Carlos » , « La duchesse d’Agadir », « Veux-tu-savoir ? », interprétés par Maria Lopez.

— L’argument

Acte I

En cette année 1875, la lutte qui oppose les troupes du Roi d’Espagne Alphonse XII, aux partisans de Don Carlos, se poursuit à quelques kilomètres de Cauterets. Au camp de Don Carlos, un jeune lieutenant apporte des nouvelles alarmantes sur la situation des partisans carlistes. Don Carlos décide de rejoindre le gros de son armée en passant par la France. Accompagné du lieutenant, il part à travers la montagne. Au cours d’une embuscade, le lieutenant est blessé. Les deux hommes parviennent à s’échapper, et, en portant secours à son compagnon, Carlos s’aperçoit qu’il s’agit d’une femme. Elle avoue se prénommer Allegria, et avoir voué sa vie à son Roi. Furieux et injuste, Carlos lui annonce qu’il n’a que faire d’une demoiselle de compagnie et l’invite à rentrer chez elle. Outrée, la jeune fille disparaît.

Au Casino de Cauterets, nous retrouvons Carlos, qui, ayant rasé sa barbe, est devenu méconnaissable. Il se fait passer pour le duc d’Agadir. Sa présence attire les soupçons de Molinard, un agent de renseignement français. Dans un premier temps, l’espion est dupe, grâce à la présence d’esprit d’Allegria, qui se fait passer pour la propre sœur du duc d’Agadir. Mais à la suite d’une indiscrétion, Molinard apprend la véritable identité du proscrit. Carlos doit s’enfuir, non sans accuser une nouvelle fois injustement Allegria d’être responsable de la situation

Acte II

Nous retrouvons nos héros dans la montagne. La situation militaire devenant désespérée, ils décident d’enlever Alphonse XII. Carlos se rend compte qu’il est devenu amoureux d’Allegria, mais il est séparé d’elle avant d’avoir pu se déclarer.
Au Palais d’Alphonse XII, une troupe de gitans, dont le chef est Carlos et la danseuse étoile Allegria, s’apprête à présenter son spectacle. Sensible à la beauté de la jeune fille, le Roi réclame un rendez-vous qu’Allegria accepte, à condition que le souverain vienne seul. Carlos a entendu. Jaloux, il fait un esclandre, et doit s’enfuir. Allegria est reconnue et arrêtée. En apprenant la nouvelle, Carlos propose au général Gilimer de se livrer en échange de la liberté de la jeune fille. Gilimer feint d’accepter, mais, manquant à sa parole, il se contente d’arrêter Carlos. Les deux jeunes gens seront exécutés le lendemain. Grâce à la pitié d’un geôlier, ils peuvent se voir quelques instants et se déclarer – enfin  -leur amour. La situation semble désespérée. Mais le Dieu des Amoureux veille. Grâce à un faux ordre d’élargissement, un ami les fait libérer.
Nous les retrouvons à Bordeaux, où, accompagnés de quelques fidèles, ils s’embarquent pour l’exil. La fortune des armes n’aura pas été favorable à Don Carlos. Mais, avec Allegria à ses côtés, il se console aisément et part avec l’espoir d’un retour triomphal.

La partition

Acte I :  Ouverture ; Chœur d’entrée « La saison à Cauterets » ; « Moi, je veux un mari » (Camille, Pommier) ; Chœur et danse des guides ; Chœur des soldats « Pour Don Carlo », entrée de Don Carlos « La victoire est une belle » ; « Ay Ay Ay Muthila » (Carlos) ; L’infirmière et les clientes « Glou-glou-glou » ; Duetto Camille-Edgar « Je voudrais savoir » ; Trio comique (Pommier, Camille, Edgar) ; La chanson du matin (Carlos) ; « Pour Don Carlos » (Allegria) ; « Avouons-le mesdemoiselles » (Les demoiselles et Camille) ; « La duchesse d’Agadir » (Allegria) ; Couplets de Pommier « Si le Duc » ; Sextuor ; « La fête en montagne » (Carlos) ; Final 1

Acte II : Chœur d’introduction ; « Bergerette » (Carlos) ; « C’est l’amour » (Carlos) ; Air du Roi (Alphonse XII) ; « Je suis un bohémien » (Carlos) ; Chant d’Allegria « Veux-tu savoir » ; Duo de la prison (Carlos, Allegria) ; Duo comique (Pommier, Edgar) ; Final 2

Fiche technique

Pour Don Carlos
Opérette en 2 actes et 16 tableaux, inspirée du roman de Pierre Benoît de l’Académie Française. Livret : André Mouëzy-Eon et Raymond Vincy ; couplets : Raymond Vincy ; musique : Francis Lopez ; arrangements musicaux : Albert Lasry ; mise en scène : Maurice Lehmann. Création à Paris, théâtre du Châtelet, le 16 décembre 1950. Avec :
Maria Lopez (Allegria), Colette Hérent (Camille), Georges Guétary (Don Carlos), Fernand Sardou (Pommier), Pierjac (Edgard), Jack Claret (Molinard, Antonio), Jacques de Mersan (le roi Alphonse XII). Orchestre, direction Félix Nuvolone.
Editions Chappell

Discographie

Georges Guétary (Don Carlos), Maria Lopez (Allegria) Orchestre, direction Albert Lasry 
1 face du disque Emi 30cms C 051 10.531 (avec Le Baron Tzigane)
& 1 CD Marianne Mélodie 051683

Références

Vous retrouverez Pour Don Carlos dans « Opérette » n° 95. Si cet article vous intéresse, vous pouvez le consulter en allant sur notre page « Revue “Opérette” »

 Dernière modification: 02/03/2024

Imprimer
Cookies
Nous utilisons des cookies. Vous pouvez configurer ou refuser les cookies dans votre navigateur. Vous pouvez aussi accepter tous les cookies en cliquant sur le bouton « Accepter tous les cookies ». Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre Politique de confidentialité et des cookies.