Le Mikado

Sir Arthur Sullivan (1842-1900)

 

L’opérette anglaise des vingt-cinq dernières années du XIX° siècle (1875-1896) a été dominée par la collaboration entre deux hommes, le compositeur Arthur Sullivan (1842-1900), et le parolier William Gilbert (1836-1811). Devenus une institution outre-Manche, G & S ont écrit ensemble 14 ouvrages dont le célèbre Mikado.

Leurs tempéraments étaient opposés, mais leurs talents complémentaires :
« Arthur Sullivan était aimable, mondain, un peu paresseux, négligent et joueur tandis que William Gilbert était sarcastique, irascible, méticuleux et un bourreau de travail… Le cocktail que « G & S » allaient offrir à leur public était précisément ce que celui-ci cherchait : de l’humour typiquement britannique, jamais vulgaire ni grivois, mais présentant une galerie complète et grotesque de ce que la Grande-Bretagne avait de plus respectable et de plus respecté (à l’exception de l’Église) : la magistrature, la marine, l’armée, la police, le Parlement, les milieux littéraires et académiques, la Cour… » (1).

Le tandem atteint le sommet de sa gloire avec Le Mikado (1885), dont la notoriété, en dehors du monde anglo-saxon, a été la plus importante, notamment dans les pays de langue allemande. Curieusement, en France, Le Mikado est resté pratiquement inconnu jusqu’à une date récente. Une première version française de Maurice Kufferath, qui n’a pas, semble-t-il, laissé grand souvenir, a été créée à l’Alhambra de Bruxelles le 23 décembre 1889. Puis, longtemps plus tard (1965), une nouvelle version radiophonique de Tony Meyer a fait l’objet d’un concert public de Radio-France. S’inspirant de cette traduction, Michel Jarry, directeur du Grand Théâtre de Tours, a réalisé et mis en scène du Mikado dont la création sur scène en France a eu lieu le 7 novembre 1992.

Le Mikado est le plus internationalement populaire des opéras de G & S, et sans doute aussi le plus joué. La satire ne vise pas évidemment le Japon, mais l’Angleterre : égoïsme des gens, vénalité des dirigeants, lois sans souplesse, dangers du pouvoir absolu.

(1) Robert Pourvoyeur « Opérette » n°40

L’argument

Acte I

Dans le Japon de fantaisie où nous entraînent les auteurs, les lois sont aussi bizarres que cruelles. On y est condamné à mort pour flirt : ainsi dans la ville de Titipu, c’est ce qui est arrivé à ce pauvre tailleur Ko-Ko. La Ville s’oppose à la sévérité du Mikado en le nommant Lord-bourreau en chef. De cette façon, toute exécution cesse, puisque le nouveau promu ne saurait se couper la tête lui-même !

Nanki-Poo, fils du Mikado, déguisé en musicien, aime Yum-Yum, pupille et fiancée de Ko-Ko. Amour réciproque. Nanki-Poo apprend que Yum-Yum doit se marier le jour même. Désespoir des deux amoureux. Le jeune homme révèle qu’il est le fils du Mikado et qu’il a fui pour ne pas épouser une dame de la cour d’un âge un peu avancé. Mais rien n’y fait : les épousailles auront lieu. De son côté, le Mikado apprend que l’on n’exécute plus à Titipu. Il prévient que la ville sera réduite à l’état de village s’il n’y a pas eu d’exécution dans un mois. Nanki-Poo étant sur le point de se suicider, Ko-Ko lui propose d’être décapité volontaire ; ce dernier accepte en échange de la main de Yum-Yum pour tout le mois à venir.

Arrive Katisha, la virago que Nanki-Poo avait fui. Elle est réduite au silence, mais jure de se venger en faisant venir le Mikado.

Acte II

Yum-Yum apprend que la femme d’un homme décapité doit être enterrée vivante. Yum-Yum aime bien Nanki-Poo, mais le sacrifice demandé refroidit sérieusement ses intentions matrimoniales. Nanki-Poo rompt donc son marché avec Ko-Ko. Ce dernier, embarrassé, suggère que l’on simule et qu’en réalité il se sauve avec Yum-Yum. Entrée solennelle du Mikado qui s’inquiète du sort de son fils. La situation se complique. Apprenant qu’il a été exécuté, cet homme inflexible, malgré sa sympathie pour Ko-Ko, est formel : tout individu ayant tué le fils du Mikado doit périr. Impossible de faire réapparaître Nanki-Poo, car Katisha le fera occire pour ne l’avoir point épousé. Conséquence : Yum-Yum sera enterrée vivante. Cornélien.

Il n’y a qu’une solution : Ko-Ko doit se sacrifier en faisant la cour à Katisha et en l’épousant. L’héroïque tailleur réussit l’épreuve, et la pièce peut terminer en évitant un bain de sang. Ouf !

Résumé inspiré des articles de Robert Pourvoyeur publiés dans « Opérette »

La partition

(version ORTF)

Acte I : Ouverture ; Chœur d’entrée, et Nanki-Poo « Savez-vous, je vous prie » ; Air de Pish-Tush et chœurs « Il a raison » ; Air de Pooh-Bah, ensemble, chœur et Ko-Ko « Par un hasard fabuleux » ; Ko-Ko et chœurs « Je les ai sur ma liste » ; Chœur et entrée de Yum-Yum « Dans notre pensionnat » ; Ensemble « Amusez-vous » ; Nanki-Poo et Yum-Yum « Je ne le ferai jamais » ; Pooh-Bah et ensemble « Je vous promets » ; Chœur, ensemble « Chantons en chœur notre bonheur » 

Acte II: Chœur des jeunes filles ; Air de Yum-Yum ; Yum-Yum et Nanki-Poo « Quand on pousse un madrigal » ; Trio Nanki-Poo, Ko-Ko et Yum-Yum « Drôle de situation » ; Chœurs entrée du Mikado, ensemble « Saluez, saluez », le Mikado « Mon projet est sublime » ; Ko-Ko et ensemble « Un cri retentit » ; Le Mikado et ensemble ; Nanki-Poo et ensemble « Les fleurs qu’on voit au printemps » ; Katisha « La vie, pour moi, n’a plus de joies » ; Ko-Ko « Sur un saule, près d’un lac » ; Duo Ko-Ko et Katisha ; Final.

Fiche technique

Le Mikado (The Mikado, or The Town of Titipu)
Opéra bouffe en 2 actes de William Schwenck Gilbert, musique de Sir Arthur Seymour Sullivan.
Création au Savoy Theater de Londres, le 14 mars 1885.
Première version française de Maurice Kufferath, créée à l’Alhambra de Bruxelles le 23 décembre 1889.
Nouvelle version française :  ORTF.  Concert public diffusé sur France Culture le 2 février 1965, dans une version de Tony Meyer. Avec :
Raymond Amade (Nanki-Poo), Dominique Tirmont (Ko-Ko), Jacques Pruvost (Pooh-Bah), Gaston Rey (Le Mikado), Aimé Doniat (Pish-Tush), Lina Dachary (Yum-Yum), Georgette Spanellys (Pitti-Sing), Huguette Hennetier (Peep-Bo), Denise Benoît (Katisha). Orchestre lyrique et chœurs de l’ORTF, direction Marcel Cariven. 

Création sur scène à Tours le 7 novembre 1992, dans une mise en scène de Michel Jarry ; décors et costumes de Jean-Jack Martin ; chorégraphie de Nadine Leclaire ; direction musicale, Annick Mink. Avec :
Catherine Migeon (Yum-Yum), Isabelle Guillaud (Katisha), Marie-Hélène Bédex (Pitti-Sing), Patricia Murtas (Peep-Bo) , Antoine Normand (Nanki-Poo) , Jacques Duparc (Ko-Ko) , Gérard Chapuis (le Mikado) , Patrick Rocca (Pooh-Bah) , Jacques Calatayud (Pish-Tush).
Editions Kalmus

Discographie

Il n’existe pas de version française du  Mikado  gravée sur vinyl ou CD.

Par contre, plusieurs enregistrements en anglais (intégrales ou sélections) sont disponibles.

Références

Vous retrouverez  Le Mikado dans « Opérette » n°  80, 85, 86, 123 & 128. Si l’un de ces articles vous intéresse, vous pouvez le consulter en allant sur notre page « Revue “Opérette” »

Dernière modification: 28/02/2024

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