Michel Strogoff

Jack Ledru (1922-2013)

 

Entre 1945 et 1955, l’opérette est souveraine à Paris, non seulement sur les scènes spécialisées, Mogador, Châtelet et Gaîté-Lyrique, mais également dans de nombreux autres théâtres. Au palmarès parade des compositeurs : Francis Lopez et aussi Vincent Scotto jusqu’à sa disparition (1952). Si l’on se rapporte au nombre de représentations, le baryton Marcel Merkès caracole en tête suivi des ténors Luis Mariano et Georges Guétary, André Dassary venant ensuite. L’élément féminin reste en retrait. Seules, Paulette Merval, Colette Riedinger, Germaine Roger et surtout la fantaisiste Annie Cordy acquièrent une certaine renommée.

Les créations se succèdent. Au Châtelet, Francis Lopez règne en maître avec Pour Don Carlos, Le Chanteur de Mexico et La Toison d’Or. Il s’agit avant tout de spectacles de divertissement, à la musique agréable comprenant mises en scène, décors et costumes somptueux. Le livret, amusant certes, reste fort conventionnel et sans grand intérêt dramatique.À Mogador, sous la houlette d’Henri Varna, l’accent est mis sur le côté « mélo » de l’intrigue. Et ça marche ! Violettes Impériales, La Danseuse aux étoiles et Les Amants de Venise ont l’ambition de divertir, mais également de « faire pleurer Margot ». Ils y réussissent pleinement, dans la lignée des romans populaires qui fleurissaient avant la seconde guerre mondiale.

Entre 1955 et 1960, l’opérette vit sur sa lancée, avec encore quelques belles réussites : Méditerranée (Tino Rossi), Rose de Noël (Dassary), Les Amours de Don Juan (Merkès/ Merval) et à un degré moindre Chevalier du Ciel (Mariano). L’arrivée des « Yé-Yé » et le changement des mentalités modifient la donne. Francis Lopez tente de renouveler son style en introduisant un « Twist contre twist » dans Visa pour l’amour interprété avec succès par Luis Mariano et Annie Cordy qui tentent, eux aussi de renouveler leur manière.

Au Châtelet, Maurice Lehmann, avant de céder la place à Maurice Lamy, monte trois comédies musicales qui vont dans le sens d’un renouvellement du genre : La Polka des Lampions, Eugène le Mystérieux et Monsieur Carnaval. Si Eugène apparaît comme une erreur de parcours, les deux autres comédies musicales, bien emmenées par le tandem Georges Guétary-Jean Richard, sont de francs succès.
À Mogador, Henri Varna maintient le cap, se contentant de « dépoussiérer » quelques reprises et de poursuivre une politique de création, l’ensemble s’appuyant essentiellement sur la notoriété du « couple n°1 de l’opérette » : Marcel Merkès et Paulette Merval. C’est ainsi qu’en l’an de grâce 1964, il fait appel à Jack Ledru, pour l’opérette Michel Strogoff, évidemment inspirée de l’œuvre de Jules Verne. Jack Ledru, déjà populaire comme compositeur de chansons (« À la Française »), de comédies musicales (Mon p’tit pote) et d’opérettes (Farandole d’amour) obtenait ainsi une consécration méritée dans l’un des deux temples parisiens de l’opérette à grand spectacle. Michel Strogoff se joua une année entière à Mogador avant de partir en tournée. Comme la plupart des succès d’après guerre de Mogador, il est aujourd’hui ignoré des scènes françaises.

— L’argument

Une invasion tartare menace les provinces sibériennes de la Russie. Le télégraphe est coupé entre Moscou et Irkoutsk, où le Grand Duc, frère du Tsar, se trouve en péril. Comment le prévenir ? Le courageux capitaine Michel Strogoff, bien sûr ! Il portera une lettre au Grand Duc, le prévenant qu’une armée de secours arrivera en vue d’Irkoutsk le 24 septembre… À travers les régions envahies, déguisé en marchand, Michel commence sa longue route. En chemin, il rencontre l’amour sous les traits de Nadia, jeune ukrainienne, qui tente de rejoindre son père à Irkoutsk. Les circonstances voudront qu’ils voyagent de concert, tandis que le traître Ogareff, évadé d’une prison moscovite, prend la tête des hordes tartares.

En traversant sa ville natale, Michel rencontre sa mère qui, bien malgré elle, révèle son identité. Les tartares d’Ivan Ogareff le font prisonnier et s’emparent de la lettre du Tsar. Michel est condamné à avoir les yeux brûlés au fer rouge. Il est ensuite relâché et c’est Nadia qui le conduira où le devoir l’appelle.
Au Palais du Grand Duc, lorsqu’il se trouve en présence du traître Ogareff, ce dernier est persuadé d’avoir un aveugle en face de lui. Que nenni, car au moment du supplice, Michel, à la pensée de voir sa mère pour la dernière fois, s’est senti inondé de tant de pleurs, que le fer les sécha sans lui brûler les yeux ! Ne riez pas, Jules Verne lui-même n’a pas trouvé mieux pour remettre son héros en selle !
Acceptons donc ce miracle, qui permet au héros de se battre au sabre avec Ogareff et de le tuer… Irkoutsk est sauvée. C’est le triomphe de Michel Strogoff : « Pour Dieu, pour le Tsar, pour la patrie ».

La partition

Acte I : Ouverture ; chœur « Tout Moscou ce soir » ; « C’est very britannique » (Blount) ; « Imaginative » (Sophie) ; Entrée de Michel « Buvons jusqu’au jour » ; « Michel Strogoff, courrier du Tzar » (Michel) ; Chœur « A la joie populaire » ; Chœur « Sans délai quittons ce relais » ; Chœurs d’hommes et entrée de Nadia « Niet » ; « Autour de mon isba » (Nadia et chœur de femmes)  ; Chœur des voyageurs mécontents ; Duo Michel-Nadia « La route au soleil » ; Musique de scène « Michel Strogoff » ; Final I « Michel Strogoff »

Acte II : Marche tartare (Ivan et chœurs)  ; « Les guerriers » (danse) ; Suite de danses tartares (ballet) ; Trio Sophie, Blount, Jolivet « Adieu Paris » ; « Les éperviers » (chef tartare et chœurs)  ; duo Nadia-Michel « Fidèlement, Nadia » ; « Maman, c’est toi » (Michel) ; Final II

Fiche technique

Michel Strogoff
Opérette en 2 actes et 18 tableaux d’après Jules Verne et d’Ennery. Livret d’Henri Varna, Marc Cab et René Richard. Musique de Jack Ledru, orchestration de Jacques Météhen. Création à Paris au théâtre Mogador le 5 décembre 1964, avec :
Paulette Merval (Nadia), Cécile Tchernova (Sangarre), Raymonde Devarennes (Marfa), Maïté Izar (Sophie), Marcel Merkès (Michel Strogoff), Jean-Louis Simon (Blount), Perchik (Jolivet), Pierre Plessis (Ogareff), Pierre Vernet (Le Tsar, Le Grand Duc), Paul Louino (L’Émir). Mise en scène d’Henri Varna, mise en place de Henri Regard ; direction musicale, Jack Ledru; chorégraphie, Irina Grjebina. Editions Chappell

Discographie

Sélection

Paulette Merval, Marcel Merkès, Roger Darvic, Pierre Plessis. Direction musicale, Jacques Météhen
CBS vinyl 62477 (1964)

Références

Vous retrouverez Michel Strogoff dans « Opérette » n° 48, 80, 99 & 164. Si l’un de ces articles vous intéresse, vous pouvez le consulter en allant sur notre page « Revue “Opérette” »

Dernière modification: 28/02/2024

Imprimer
Cookies
Nous utilisons des cookies. Vous pouvez configurer ou refuser les cookies dans votre navigateur. Vous pouvez aussi accepter tous les cookies en cliquant sur le bouton « Accepter tous les cookies ». Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre Politique de confidentialité et des cookies.