Le Corsaire noir

Maurice Yvain (1891-1965)

 

C’est l’Opéra de Marseille, dont la direction artistique était alors assurée par Michel Leduc, qui prit l’initiative en 1958 de monter Le Corsaire Noir, la dernière œuvre de Maurice Yvain. Ce dernier n’avait plus écrit pour le théâtre depuis Chanson Gitane (1946).
Dans le programme de la création, on lit, sous la plume de Jean Valmy, l’auteur :
« Il fallait créer une équipe vibrante d’ardeur et de talent. Quelqu’un a su la rassembler… Michel Leduc. Tout en cueillant d’une main dans le firmament théâtral, pour en faire nos interprètes, les étoiles les plus resplendissantes, avec autant d’aisance que s’il possédait son petit Spoutnik personnel, Michel Leduc, de l’autre main, fit signe à Fost. Et Fost, prenant sa palette, se mit à concrétiser des songes. J’avais rêvé d’un cabaret à la Teniers pour le Bouge des Flibustiers, d’un Velasquez pour la Fête à bord du Galion, d’un Watteau, pour le Carnaval à Panama, d’eaux-fortes à la Collet pour le début du deuxième acte… J’avais fait vingt rêves, puisqu’il y a vingt tableaux… et les voilà tous exaucés ! Bravo, Fost. Les décors peints, les costumes façonnés, les marionnettes rangées dans le placard, il n’y aurait jamais de spectacle sans un montreur pour tirer les fils. Michel Leduc appela Marcel Lamy…. Je l’ai vu se penchant sur chaque scène, l’encre à peine sèche, l’étudiant, l’adoptant, la « mouvant » ! Je l’ai vu ensuite jouant chaque rôle, tour à tour ténor, mezzo, trial, choriste, machiniste, insufflant à tous sa foi inlassable, sa passion pour la pièce de ce soir et pour le Théâtre de toujours….
…Jamais un compositeur ne m’a fait souffrir autant que Maurice Yvain. Il m’a cherché querelle à tout propos : pour une rime, pour une syllabe, parce qu’il exigeait le mot « rien » là j’avais placé le mot « mais », parce que je désirais inclure dans le premier acte un air qu’il n’acceptait qu’au deuxième et à minuit moins vingt très précisément ! Bref, moulu, harassé, torturé, exaspéré, je l’ai détesté cent fois et presque haï… et chaque fois qu’il m’a joué un air nouveau de sa partition, je lui ai tout pardonné, je lui ai dit ma reconnaissance et mon admiration. Croyez-moi, un monsieur qui a écrit, vers 1920 « Mon Homme » célèbre sur tous les continents et qui écrit en 1958, avec la même fraîcheur, la même jeunesse d’inspiration la musique que vous allez entendre, c’est un « grand monsieur », quelqu’un, sans doute, dans le genre, d’un certain Offenbach.»

La plupart des grands théâtres lyriques de France (sauf ceux de Paris), de Belgique, de Suisse ont accueilli Le Corsaire Noir.
En décembre 1976, l’Opéra de Marseille montait l’ouvrage dans une nouvelle présentation avec Micaël Pieri (François), Can Koral (Don Cristobal), Michel Dunand (Séraphin), Elie Delfosse (Le Rouge), Jean-Claude Barbier (N’a qu’un Sabord), et Michèle Herbé (Dominique), Elisabeth Blasco (Rosine), Dany Luck (Kinya).

L’argument

Acte I

L’action débute aux Sables d’Olonne en 1864, le jour où François, un jeune pêcheur, se fiance avec Rosine, la fille de l’ancien corsaire N’à qu’un Sabord. La malchance veut que Don Cristobal, l’ambassadeur d’Espagne en France traverse ce même jour Les Sables d’Olonne. Il remarque la jolie Rosine, et, sans autre forme de procès, la fait enlever par ses sbires commandés par Carlos, et ce, malgré les efforts désespérés de François, accouru pour la défendre. Au cours de la bagarre, François tue un des agresseurs. Accusé de meurtre, il s’enfuit. Puis, apprenant que les ravisseurs et leur victime font voile pour l’Espagne, il s’enrôle ainsi que son ami Séraphin et N’a qu’un Sabord sur « La Bonne Etoile » du capitaine Le Rouge. Le second du capitaine est le lieutenant Dominique, qui n’est autre… qu’une femme-pirate, aussi belle qu’énigmatique. Dominique tombe amoureuse de François, qui ne s’en soucie guère, préoccupé qu’il est par le sort qui menace Rosine.
À Madrid, la jeune fille est prisonnière de Don Cristobal. Jusqu’à présent, elle a réussi à repousser ses avances. Nommé vice-roi de la Nouvelle Grenade, Don Cristobal décide d’emmener Rosine avec lui. À l’Ile de la Tortue, nous retrouvons François et ses compagnons. Le jeune pêcheur est devenu un hardi flibustier. Grâce à ses gains, il achète « La Bonne Etoile » au capitaine Le Rouge, sous les vivats des boucaniers qui saluent leur nouveau chef « Le Corsaire Noir ». Par Kinya, une esclave noire, capturée par les flibustiers, François apprend le départ de Rosine pour le nouveau monde. Grâce à une ruse de Séraphin, le galion espagnol est pris et Rosine délivrée.
Le bonheur des deux jeunes gens ne dure guère. Dominique n’a pas pardonné à François l’indifférence qu’il lui témoigne. Elle décide d’aider Don Cristobal à recouvrer la liberté et à enlever Rosine une seconde fois. A la jeune fille, elle affirme que François est son amant. Ulcérée, Rosine fait remettre une lettre de rupture à François et disparaît avec Cristobal.

Acte II 

François se croit trahi jusqu’au moment où Dominique, prise de remords, lui avoue la vérité. Avec ses compagnons, il se précipite à Panama, la résidence de Don Cristobal. Au cours d’une fête donnée au Palais du Gouverneur, il est reconnu et fait prisonnier. Don Cristobal n’a pas oublié le service que lui a rendu Dominique et accepte de rendre la liberté à François.
Pendant tout ce temps, Rosine s’était retirée dans un couvent. Les flibustiers n’ont pas le temps de la délivrer : elle est capturée par Carlos qui, cette fois, agit pour son propre compte. La découverte d’une épave chargée d’or permettra de payer la rançon que le coquin réclame. Ainsi les aventures mouvementées du Corsaire Noir et de ses compagnons pourront se terminer par un triple mariage : François épousera Rosine, Don Cristobal, la belle Dominique dont il est devenu amoureux, et Séraphin la mignonne Kinya.

La partition

Acte I :  Ballet campagnard sabotière – « Si le Roi » (Rosine) – « J’aime pas les coups » (Séraphin) – « La chanson de mon amour » – Marche des boucaniers (Matelots puis François) – « Ne dis pas non » (Dominique, François) – Ensemble des présents – « Tu m’as juré » (Rosine) – « Pour t’avoir un jour dans mes bras » (Cristobal) – Chanson à boire – « Dou-Dou-Dou » (Kinya, Séraphin) – Marche du Corsaire Noir (François et chœurs) – Divertissement – « La colombe et le vautour »- Final I

Acte II : « Pourquoi celui-là » (Dominique) – « Chanson de mon amour » (François) – Ballet et chœurs – Trio du Paradis (Dominique, François, Cristobal) – Duetto du couvent (Séraphin, Rosine) – « Rien, plus rien d’autre n’existe » (François) – Final II

Fiche technique

corsaire noir 1Le Corsaire Noir
Opérette à grand spectacle en 2 actes et 18 tableaux, de Jean Valmy. Musique de Maurice Yvain. Mise en scène de Marcel Lamy. Maquette des décors et costumes de Raymond Fost. Chorégraphie et ensembles réglés par Géo Stone. Création : Opéra de Marseille, le 24 février 1958. Avec :
Henri Legay (François), Xavier Depraz (Don Cristobal), Luc Barney (Séraphin), René Bourbon (Le Rouge), Raymond Armond (N’a qu’un Sabord), Maria Murano (Dominique), Alberte Tinelli (Rosine), Nina Landa (Kinya). Direction musicale, Jean Trik

Discographie

Sélection

1 disque vinyl 45T (3 airs) Columbia ESBF 202 avec Henri Legay. Direction musicale, Jésus Etcheverry

Références

Vous retrouverez  Le Corsaire Noir dans « Opérette » n°  32, 76 & 196. Si l’un de ces articles vous intéresse, vous pouvez le consulter en allant sur notre page « Revue “Opérette” »

Dernière modification: 27/02/2024

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