Coups de roulis

André Messager (1853-1929)

 

René Milan (1882-1932) était officier de marine. Il publia anonymement en 1917 L’Odyssée d’un transport torpillé, ouvrage qui établit sa réputation. Il prit alors le pseudonyme de Maurice Larrouy pour ses romans suivants : Le Révolté (1925), Coups de roulis (1925), Le Trident (1928) et L’invincible Armada (1934). C’est l’incontournable Albert Willemetz qui s’inspira, d’ailleurs assez fidèlement, du roman pour le livret de l’opérette dont le toujours jeune André Messager composa la musique.
Créé au théâtre Marigny, le 29 septembre 1928, Coups de roulis pouvait se prévaloir d’une distribution étincelante : Marcelle Denya, pensionnaire de l’Opéra (et brillante créatrice de Lady Mary de Monsieur Beaucaire en 1925), était la jolie et bien chantante « secrétaire de son papa » ; Maguy Varna jouait et chantait avec finesse Sola Myrrhis. Le comédien Pierre Magnier interprétait Gerville tandis que l’excellent baryton Robert Burnier abandonnait le rôle de Jim dans Rose-Marie (Mogador) pour celui de Kermao. Gardons pour la fin le rôle du Commissaire de la République interprété par… Raimu. Il faut savoir qu’avant de triompher en 1929 dans Marius, Raimu avait débuté au music-hall, tourné dans plusieurs films muets et joué dans plusieurs opérettes (Le Poilu, Le Diable à Paris).

Sous la Troisième République, réputée pour son instabilité ministérielle chronique, on retrouvait à peu près les mêmes personnalités à chaque changement d’équipe. Les chansonniers s’en donnaient à cœur joie et brocardaient la supposée incompétence de ces ministres interchangeables. Bien entendu lorsqu’un élu du peuple était mis en scène dans un livret d’opérette, c’était fatalement un personnage grotesque.
Puy-Pradal ne déroge pas à la tradition et dans son jeu, Raimu faisait montre d’une habile sobriété. En particulier, la salle croulait de rire pour son interprétation de « Avec la danse » où, sans en avoir l’air, il bafouait ces ministres qui semblent dire « Faites ce que je dis et non pas ce que je fais ».
On donnait Coups de roulis en matinée, le 24 février 1929, lorsque Messager quitta ce monde. Michel Augé-Laribé dans son ouvrage André Messager, musicien de théâtre (Editions du Vieux Colombier, 1951), relate les conditions dans lesquelles fut écrite l’œuvre :
« Écrite entre les rémissions d’une maladie douloureuse par un homme de soixante-quatorze ans, l’œuvre ne porte pas les marques de la vieillesse ni de la souffrance. L’écriture est aussi ferme que par le passé, l’invention est un peu moins généreuse, mais le métier est tellement sûr que les auditeurs ne s’en apercevaient pas… Parfois, dans les parties sentimentales surtout, on entend passer un petit bout de phrase qu’on a déjà apprécié dans Véronique ou dans les Dragons. On dirait qu’au moment où il va tout quitter, sans révolte, sinon sans regret, Messager donne un souvenir à ses anciens ouvrages qui firent plaisir et sont devenus des refrains populaires. Surmontant sa fatigue, ce malade qui, malgré son âge, n’est pas un vieillard, puisqu’il ne consent pas à l’être, répand sur son œuvre une impression de gaîté jeune et d’ironique crânerie… »

La Gaîté-Lyrique fit une reprise de Coups de Roulis en 1934, la seule dont nous avons retrouvé la trace dans la capitale. Aujourd’hui, elle est encore montée, mais très rarement, par quelques scènes de province. Par exemple à Toulon en novembre 2002.

 L’argument 

Acte I

Sur le cuirassé « Montesquieu »
Noël approche… Les matelots vont pouvoir, pour la plupart d’entre eux, bénéficier de permissions pour passer les fêtes en famille ou avec leur petite amie, avant le départ pour des manœuvres en Méditerranée. Oui mais, le député Puy-Pradal est chargé par le Parlement d’une mission d’inspection à bord du bâtiment. L’élu du peuple arrive le 20 décembre et bouleverse le calendrier prévu : tout le monde est consigné en vue d’un départ immédiat. Grimaces dans l’équipage… Puy-Pradal monte à bord accompagné de sa fille Béatrice, qui n’est autre que la secrétaire de son papa. Sur le navire, le député fait montre de la plus totale ignorance des lois élémentaires de la marine et commet bévue sur bévue. Béatrice est courtisée à la fois par Gerville, le commandant du « Montesquieu » et par Kermao, le jeune et séduisant enseigne.

Acte II

Au Caire
Pendant l’escale au Caire, Puy-Pradal offre une grande fête officielle avec buffet, bal et partie artistique, au cours de laquelle se produit la comédienne Sola Myrrhis. La jeune femme veut à tout prix devenir sociétaire de la Comédie Française et voit en Puy-Pradal l’homme qui pourra la recommander. Elle n’a pas de mal à séduire le député et devient sa maîtresse. Seul avec Béatrice, Kermao lui avoue son amour. Quoique troublée, la jeune fille ne s’engage pas encore. L’enseigne va trouver son commandant et lui demande d’intervenir auprès de Puy-Pradal pour qu’il lui accorde la main de sa fille. À contre-cœur, car il aime lui aussi la jeune fille, Gerville s’exécute. Cet homme de 40 ans comprend bien que son amour a peu de chance d’être payé de retour. Kermao et Béatrice, jeunes et beaux tous les deux, sont faits l’un pour l’autre. Mais Puy-Pradal ne veut rien entendre. C’est Gerville qui sera son gendre.
Le député est de plus en plus amoureux de Sola Myrrhis. Il confie sa fille à Gerville et abandonne sa mission pour suivre la jeune artiste dans sa tournée égyptienne. Il rejoindra le « Montesquieu » plus tard.

Acte III

Sur le cuirassé « Montesquieu »
Après trois mois de tourisme et de lune de miel, Puy-Pradal et Sola reviennent sur le « Montesquieu ». Béatrice est furieuse à cause de la liaison de son père. Elle cherche la bonne âme qui saura lui ouvrir les yeux sur la comédienne. C’est Kermao qui se dévoue. Il est surpris en train d’embrasser Sola. Puy-Pradal le prend mal et rompt immédiatement avec la jeune femme.
De son côté, Béatrice reproche à Kermao d’avoir embrassé Sola et décide de ne plus lui adresser la parole. Gerville réconciliera les amoureux et saura obtenir de Puy-Pradal qu’il consente à les unir. Sola Myrrhis entrera à la Comédie Française. Le député, qui a constaté à ses dépens ses talents de comédienne, l’en trouve tout à fait digne. Quant à lui, il apprend par radio qu’on lui offre plusieurs postes ministériels sauf… celui de la Marine !

 La partition 

Acte I : Chœur d’entrée « C’est Noël dans quatre jours » et ensemble « C’est une lettre de femme » ; Ensemble « Déchiffrons et traduisons » ; Ensemble et entrée de Béatrice « Je suis le secrétaire de mon papa » ; « Veuillez m’excuser, monsieur l’aspirant » (Béatrice) ; « Quand en n’a pas le pied marin » (Pinson) ; Duo du roulis (Kermao et Béatrice) ; Ensemble « Ah ! quelle affaire » ; « En amour il n’est pas de grade » (Kermao) et final I

Acte II : Entrée de Sola Myrrhis et ensemble « Sans savoir » ; « Donnant, donnant » (Sola) ; « On a les femmes n’importe où » (le commissaire) ; « Ce n’est pas la première fois » (Kermao) ; « Voilà ce que c’est que la quarantaine » (Gerville) ; « Les deux me plaisent » (Béatrice) ; Final II « Louxor, c’est son devoir »

Acte III : « Je prétends que c’est assez déplacé » (Béatrice et Sola) ; « Tu sais gouverner » (Sola) ; « Mon Dieu, ce que j’en ai fait » (Kermao et Béatrice) ; Final III « Si la petite secrétaire »

— Fiche technique 

Coups de Roulis
Opérette en 3 actes d’Albert Willemetz, d’après le roman de Maurice Larrouy. Musique d’André Messager.
Création : Paris, théâtre Marigny, le 29 septembre 1928. Avec :
Marcelle Denya (Béatrice), Maguy Warna (Sola Myrrhis), Robert Burnier (Kermao), Raimu (Puy-Pradal), Pierre Magnier (Gerville), Gustave Nelson (Pinson), Carpentier (Vice Amiral de Saint-Mesmin). Orchestre, direction Paul Letombe ; mise en scène, Albert Carré. Décors de Deshayes et Arnaud.
Editions Salabert

Discographie

Intégrale

Lina Dachary, Claudine Collart, Gaston Rey, Dominique Tirmont, Aimé Doniat. Direction musicale, Marcel Cariven
Musidisc 202382 (2CD)

Sélection

Gustave Nelson, Marcelle Denya, Robert Burnier, Maguy-Warna, Marcel Carpentier.
8 extraits de Coups de Roulis. Un coffret EPM 982482 4CD « L’opérette française par ses créateurs » comprenant des extraits de 9 opérettes de la période 1921-1934) (23 mn).

— Références

Vous retrouverez Coups de Roulis dans « Opérette » n° 69, 131 & 207. Si l’un de ces articles vous intéresse, vous pouvez le consulter en allant sur notre page « Revue “Opérette” »

Dernière modification: 27/02/2024

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