La Cocarde de Mimi-Pinson

La Cocarde de Mimi-Pinson

Henri Goublier fils (1888-1951)

 

En 1914, la guerre sévit en France. Dans tous les foyers, on attend des nouvelles de l’époux, du fils ou du frère, qui combat là-bas dans l’Est ou le Nord. Toutes les pensées tournent autour des soucis du moment. Même dans les distractions, les Français sont attirés, malgré eux, par des spectacles mettant en scène, sous un jour plus riant, les événements qu’ils subissent. Au théâtre de la Renaissance, le 3 avril 1915, Gustave Goublier père (1856-1926), présente son opérette patriotique, Mam’zelle Boy-Scout qui, pendant 80 représentations réjouit le public par sa musique enjouée et bon enfant.
En novembre 1915, son propre fils Henri est à l’affiche de I’Apollo, avec également un ouvrage patriotique, La Cocarde de Mimi-Pinson dont la carrière s’est maintenue jusqu’au delà de la Seconde Guerre Mondiale et qui est (surtout dans la région Nord) encore quelquefois reprise.
Pour Henri Goublier, c’était un peu le baptême du feu, artistiquement parlant. Un précédent ouvrage de sa composition, Mam’zelle Vésuve, avait bien été représenté au Casino de Boulogne-sur-Mer, mais la critique avait été assez fraîche par la faute d’un livret indigent. On avait toutefois crédité le compositeur de dons certains…

En ce début de guerre, Gustave Charpentier présidait une œuvre philanthropique qui avait pour but de vendre des cocardes tricolores fabriquées par des midinettes (les Mimi-Pinsons), au profit des caisses de solidarité. L’idée de départ d’une opérette était trouvée. Goublier s’enhardit jusqu’à contacter Maurice Ordonneau, parolier à la carrière déjà bien remplie. Ordonneau est enthousiasmé. On s’adjoint Francis Gally, et dès le 25 novembre 1915, les Parisiens peuvent applaudir La Cocarde de Mimi-Pinson dont le succès ne se dément pas pendant 120 représentations.
L’ouvrage fut ensuite représenté en province où il connut un grand succès. Vingt ans après la création, une nouvelle version due à Jean Bru (1) fut présentée sur la scène de la Gaîté-Lyrique. L’action se déroulait au XVIII° siècle. La partition avait été conservée, mais ce n’était plus tout à fait à sa place dans ce nouveau livret. Le spectacle ne put tenir très longtemps et les représentations durent cesser avant les vacances 1926.
Aujourd’hui, le livret nous paraît bien désuet, mais il reste heureusement la partition alerte ou tendre de Goublier.

(1) Fille adoptive de Goublier et sa collaboratrice habituelle. Elle avait pris un pseudonyme masculin, à une époque où les femmes n’étaient que difficilement admises dans le cercle des auteurs

L’argument

Acte I : L’atelier de la Maison de couture de Monsieur Robichon et Madame Frivolet

Paris, 1915. L’atelier est en pleine effervescence car les midinettes (les Mimi-Pinsons) commencent la fabrication de cocardes tricolores porte-bonheur, destinées aux poilus qui se battent sur le front. L’atelier est dirigé par la première, la jolie Marie-Louise, jeune fille sérieuse et réservée, secrètement amoureuse de Jean, le fils de Monsieur Robichon, actuellement lieutenant aux armées. Flanqué de Bourriche, son ordonnance, Jean fait une visite surprise avant de rejoindre son unité. Accaparé par Madame Frivolet, la troublante associée de son père, le jeune homme ne se rend pas compte des tendres sentiments qu’il inspire à Marie-Louise. Celle-ci parvient à coudre secrètement, dans la vareuse de son bien-aimé, une cocarde fétiche, destinée à le protéger du danger.

Acte II : Une formation sanitaire en province

Effectivement, le talisman remplit son office. La cocarde, enfermée dans un médaillon d’or, fait dévier dans le bras de Jean, la balle qui aurait dû lui coûter la vie. Dans la formation sanitaire où il est soigné, Jean retrouve les ouvrières de l’atelier de son père, devenues infirmières et parmi elles, Marie-Louise. Jean se promet d’épouser par reconnaissance, celle qui, par son amour, vient de lui sauver la vie. Mais comment la retrouver ? Il se persuade que sa bienfaitrice est Madame Frivolet, justement venue lui rendre visite. Il le lui dit. La jeune femme, à qui un mariage avec Jean ne déplairait pas, ne le dément pas.
Jean annonce à Marie-Louise ses projets matrimoniaux. La jeune fille, qui ne veut pas être épousée par reconnaissance, ne lui dévoile pas la vérité. Mais le lieutenant n’est pas parfaitement heureux. Visiblement, il aurait préféré une jeune fille comme Marie-Louise. Bourriche, qui n’arrive pas à séduire Sophie, la cuisinière, “emprunte” la cocarde fétiche de son lieutenant. Le talisman fait son office : l’honnête cuisinière lui tombe aussitôt dans les bras.

Acte III : En Alsace, une place de village

Le pauvre Bourriche égare la cocarde. Le malheur ne se fait pas attendre. Privé de son fétiche, le lieutenant est gravement blessé en Alsace. Il est transporté dans un poste de secours où, bienheureux hasard, l’infirmière de service n’est autre que Marie-Louise. En Alsace, nous retrouvons bientôt l’atelier au grand complet. Bourriche, qui ne se pardonne pas la perte de la cocarde, renvoie Sophie à ses casseroles. Ne voulant rien garder d’un infidèle, la cuisinière lui rend le petit souvenir qu’elle avait trouvé par terre, après son départ. C’était la cocarde ! Transporté, Bourriche promet le mariage à Sophie et remet le fétiche à Marie-Louise.
Pendant le sommeil de Jean, Marie-Louise lui glisse la cocarde sur le cœur et s’enhardit à lui faire l’aveu de son amour. Peu à peu, Jean s’éveille. Il écoute et comprend que son inconnue est en réalité Marie-Louise, la jeune fille qui, au fond de son cœur, il aimait sans le savoir. Madame Frivolet comprend qu’elle doit s’effacer. Aussi Jean pourra épouser Marie-Louise.

La partition

Acte I : Ouverture ; “C’est le sourire de Paris” (Marie-Louise) ; Air de Jean “Si le poilu a fait de soi le sacrifice” ; “Veille sur ton amoureux” (Marie-Louise) ; “La cocarde de la victoire” (Jean, Marie-Louise, chœurs) et final I.

Acte II : “Le jus, le jus” (Zoé) ; “Pour trente sous” (La Mazette) ; “Quelle est cette inconnue” (Jean) ; “Celle qui me sauva la vie” (Jean et Marie-Louise) ; “Un petit comptoir en étain” (Sophie et Bourriche) ; Ensemble “Adieu, puisqu’il faut partir” (Marie-Louise, Jean, chœurs), “Nous défendons la France” et final II.

Acte III : “Je suis de bon conseil” (La Mazette et Zoé) ; “C’est toi seule que j’aime” (Jean et Marie-Louise) ; Final III “Cette cocarde aux trois couleurs”.

— Fiche technique

La Cocarde de Mimi-Pinson
Opérette en 3 actes de Maurice Ordonneau et Francis Gally ; musique de Henri Goublier fils.
Création: Paris, théâtre de l’Apollo, le 25 novembre 1915. Avec :
Jenny Syril (Marie-Louise), Mary Richard (Zoé), Madeleine Guitty (Sophie), Valentine Rauly (Mme Frivolet), Albert Beauval (Jean Robichon), Carlos Avril (Bourriche), Félix Belley, Alphonse Massard, Hérault
Editions Choudens

Discographie

cocardeIntégrale

Liliane Berton, Pauline Carton, Simone Sylvia, Marcel Ranson, Peter Gottlieb, Pierjac, Max de Rieux, Robert Pizani. Direction musicale, Robert Benedetti
Album 2 disques Decca 115186/7 repris en 2CD Universal-Accord 461 964-2

Sélection

Liliane Berton, Pauline Carton, Peter Gottlieb, Max de Rieu, Pierjac. Orch. Robert Benedetti
Decca 100.105 (1 V) & Sélection du Reader’s Digest CD 3159.14 (réédition 33 t Decca) (3 CD) (+ La Fille du Tambour Major [Offenbach] + Croquefer [Offenbach] + Le Petit Duc [Lecocq] + divers)

Références

Vous retrouverez  La Cocarde de Mimi-Pinson dans “Opérette” n° 94. Si cet article vous intéresse, vous pouvez le consulter en allant sur notre page “Anciens numéros”

Dernière modification: 27/02/2024

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