Un violon sur le toit

Un violon sur le toit

Jerry Bock (1929-2010)

 

Créé à Broadway le 22 septembre 1964, Fiddler on the Roof (Un violon sur le toit) ne quittera l’affiche que le 2 juillet 1972, après un total de 3242 représentations.
Les artisans de ce succès sont le compositeur Jerry Bock, l’auteur de lyrics Sheldon Harnick, le librettiste Joseph Stein, le metteur en scène et chorégraphe Jerome Robbins, le producteur Harold Prince et les interprètes parmi lesquels il faut retenir les noms de Zero Mostel, Maria Karnilova et Julia Migenes (l’interprète célèbre du rôle de Carmen dans le film de Francesco Rosi).

Comment l’ouvrage est-il né ? Jerry Bock et Sheldon Harnick manifestent un jour le désir d’écrire une comédie musicale tirée d’un roman de l’écrivain juif allemand Sholom Aleichem. Leur première proposition ne séduit pas Joseph Stein avec qui ils ont déjà collaboré pour The Body Beautiful (1958). Un second projet, basé sur le roman Tevye’s Daughters suscite nettement plus d’enthousiasme et est présenté à Harold Prince qui a déjà produit, des mêmes Bock et Harnick, Fiorello (1959), ouvrage ayant obtenu le prix Pulitzer, Tenderloin (1960) et She Loves Me (1963).

A priori, le succès de l’entreprise est loin d’être acquis car, sans mise en scène fastueuse, sans costumes scintillants, sans girls affriolantes et sans happy end, la pièce montre essentiellement les essais désespérés de pauvres gens – en l’occurrence des Juifs dans la Russie tsariste de ce début de siècle – désirant maintenir vivantes leurs traditions dans un milieu étranger et hostile, ainsi que leurs difficultés à établir des racines dans un endroit qu’il seront finalement obligés de quitter.

Joseph Stein, qui a commencé sa carrière en écrivant des sketches pour des revues et qui a déjà fourni les livrets de Plain and Fancy, Mr Wonderful, The Body Beautiful, Juno et Take Me Along, reprend les personnages principaux du livre de Sholom Aleichem mais il n’en retient que quelques épisodes, voulant recréer une histoire qui illustre avant tout l’effritement graduel des traditions, notamment au travers du mariages des filles du héros. Parmi les modifications apportées à l’œuvre originale, retenons l’ajout de personnages de second plan, la suppression de références trop nombreuses aux Écritures, des dialogues moins mélodramatiques, et le héros qui apparaît non plus comme un homme doux et parfois maladroit mais bien comme quelqu’un d’énergique et non dépourvu d’esprit (les auteurs en seront encore à modifier leur personnage en fonction de la forte personnalité de l’interprète du rôle).  

Le metteur en scène Jerome Robbins, lui, règne alors sur le monde de la comédie musicale américaine, depuis de nombreuses années, en fait depuis la création de On the Town (1944). Ont suivi : Billion Dollar Baby, High Button Shoes, Look Ma, l’m Dancin’, Miss Liberty, Call Me Madam, The King and I, The Pajama Game, Bells are Ringing et West Side Story.
Pour Fiddler on the Roof, il est parvenu, malgré quelques concessions indispensables au goût de la comédie musicale, à imprégner tout son spectacle de cette atmosphère caractéristique à la communauté juive, avec ses danses rituelles, son sens de la famille et des traditions et son humour tout particulier qui ne réside pas dans l’intention des personnages d’être spirituels mais plutôt dans leur manière d’exprimer ou de cacher leurs sentiments et leurs émotions.

Jerry Bock et Sheldon Harnick en sont à leur cinquième collaboration. Précédemment, Bock avait déjà composé des airs pour les revues Catch a Star et The Ziegfeld Follies, ainsi que la partition de Mr. Wonderful, tandis que Harnick avait écrit quelques numéros pour New Faces of 1952, Two’s Company, The Littlest Revue et John Murray Anderson’s Almanac.

Pour leur nouvelle pièce, ils écrivent une partition qui deviendra vite très populaire ; à côté de pages de musique traditionnelle, il en est d’autres où l’on trouve douceur, émotion, désenchantement (« Tradition », « SabbathPryer », « Arlatevka ») ou qui sont plus proches du style « musical » habituel (« Matchmaker, Matchmaker »), « Miracle of Miracles », « Now I have Everything »), numéros pas toujours appréciés par la critique mais qui illustrent d’une certaine façon le désir des jeunes de rompre avec la tradition.

un violon sur le toit 1Le rôle principal, celui de Tevye, est tenu par Zero Mostel, un des rares acteurs de l’époque à cueillir ses succès tant dans le répertoire dramatique (Ulysse in Night-town de James Joyce, The Good Woman of Setzuan de Bertold Brecht et même des pièces de Molière) que musical (Beggar’s Holiday, Keep’ Em Laughing Concert Varieties) et il obtient la récompense de meilleur acteur pour ses interprétations dans Rhinoceros de Ionesco (drame) et A Funny Thing Happened on the Way to the Forum (musical). Dans ce rôle de Tevye qu’il a déjà interprété dans la production off Broadway d’une pièce dramatique intitulée Le Monde de Sholom Aleichem, Mostel se fait surtout remarquer par sa manière de basculer brusquement de l’humour à la mélancolie, de l’exubérance la plus folle à l’émotion la plus profonde, et par les rapports exceptionnels qu’il parvient à établir avec le public.

Dans le rôle de Golde, la femme de Tevye, Maria Karnilova forme avec Mostel un couple chaleureux, humain, crédible (pensons à la scène et au duo « Do You Love Me » dans lesquels les époux, voyant leurs enfants se marier par amour, s’interrogent, confus et désorientés, sur leurs propres sentiments mutuels) et cette artiste surprend les critiques et ses nombreux admirateurs qui la connaissaient avant tout comme danseuse fantaisiste (notamment sa composition de danseuse strip-teaseuse dans la comédie musicale Gypsy).
À Londres, le rôle est créé par l’acteur israélien Topol qui sera également l’interprète principal du film.

Au moment de la création, les critiques avaient pensé que le spectacle intéresserait uniquement la communauté juive de New York, quelques-uns allant même jusqu’à regretter la touche typiquement « Broadway » apparaissant dans certaines scènes. Mais le librettiste, par les légères modifications apportées au fond profondément juif de l’histoire originale de Aleichem et par ses allusions plus générales à un monde d’oppression et de violence, est parvenu à rendre la pièce plus universelle et accessible à tous les publics.

À la fin de sa première saison new-yorkaise, Fiddler on the Roof obtient la plupart des « Tony Awards » décernés pour un spectacle musical : meilleure pièce, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleure production, meilleur librettiste, meilleur compositeur, meilleur auteur de livret, meilleurs costumes, meilleure chorégraphie. À ses débuts à l’lmperial Theatre, la recette s’élève à environ 88 000 dollars par semaine ; les 100 000 dollars sont atteints quand la pièce passe au Majestic Theatre plus vaste et la production devient rapidement le plus grand succès financier de Harold Prince.

En juin 1966, une compagnie itinérante est mise sur pied, menée par Luther Adler tandis qu’une autre compagnie s’installe à Dallas, menée par Paul Libson. La même année, des productions apparaissent en Finlande et en Israël. Puis la pièce est jouée en Angleterre, en Hollande, au Danemark, en Suède, en Allemagne, en Australie et même au Japon. Et en France en 1969…

Le spectateur français, comme celui des grandes villes européennes et américaines, ne pouvait qu’être sensible à cette histoire d’une communauté juive laborieuse, tapie quelque part dans l’immensité des Tzars et qui allait bientôt être persécutée. D’autant que la pièce, bien construite, était enrichie de très jolies pages musicales comme la « Prière du Sabbat », « Est-ce que tu m’aimes », « Tradition » ou « Ah! si j’étais riche ». D’autant que la distribution comprenait une troupe de tout premier ordre : Ivan Rebroff, une force de la nature à la présence scénique et vocale indiscutable ; Maria Murano, remarquable artiste, constamment à la hauteur de son remarquable partenaire. Autour d’eux, des personnages bien campés par Florence Blot (la marieuse), Philippe Ariotti (le tailleur), Gérard Paquis (l’étudiant), Marco Perrin (le boucher), Geneviève Darnault, Janet Clair et Monique Galbert (les filles aînées de Tevye), Georges Adet, Carlos Otero… À la tête de l’orchestre, Wall Berg ! C’est tout dire…

Créé à Paris (théâtre Marigny), le 8 novembre 1969, Un Violon sur le Toit se joua jusqu’au 23 mai 1970, fut repris fin septembre et termina sa carrière dans la capitale le 2 janvier 1971. En tout 292 représentations. Beau résultat pour cette excellente production à une époque où le spectacle musical s’essoufflait sérieusement dans la capitale.
La tournée qui suivit emmena pendant quelques mois le Violon sur le Toit sur les principales scènes de l’hexagone. Puis le silence…

Silence brièvement interrompu par quelques représentations données l’Opéra de Nice en février 1988 dans le cadre du XXe anniversaire du jumelage de la ville de Nice et celle de Szeged (Hongrie) : une pièce américaine, interprétée en hongrois, surtitrée en français !

Le 28 septembre 2005 une nouvelle adaptation française de Stéphane Laporte voit le jour au théâtre Comédia à Paris (ex Eldorado). C’est une réussite complète parfaitement interprétée par Franck Vincent (Tevye) et Isabelle Ferron (Golde) en tête d’une distribution réunissant les excellents Sandrine Seubille, Christine Bonnard, Amala Landré, Vincent Heden, Thierry Gondet, Franck Sherbourne… Direction musicale, Pierre Boutillier; mise en scène, Jeanne Deschaux et Olivier Bénézech.

Article de Michel Leclercq réactualisé

L’argument

Acte I

L’histoire se passe à Anatevka, une petite ville campagnarde de la Russie des Tsars, au début du XXe siècle. Les habitants, en grande partie des juifs, en sont des gens simples, vivant de la terre, dont l’existence est strictement réglée par les lois de la communauté et pour qui il est aussi difficile de maintenir la tradition que de que de jouer du violon sur un toit (« Tradition »). Parmi ces habitants, Tevye, le laitier, a élevé ses cinq filles en faisant référence à moult citations des Écritures, n’hésitant pas, parfois, à en ajouter de sa propre invention. Yente, la marieuse, fait savoir à Golde, la femme de Tevye, qu’un des citoyens les plus riches de la ville, le boucher Lazar Wolf, désire épouser Tzeitel, sa fille aînée. Tandis que Golde est ravie à l’idée d’un tel parti, et ce malgré l’aspect un peu vulgaire et l’âge du prétendant, Tzeitel et deux de ses sœurs, Hodel et Chava rêvent du mari idéal qui leur sera un jour présenté (« Matchmaker, Matchmaker »).
Rentrant chez lui, Tevye exprime son désir de pouvoir donner une certaine éducation à ses filles et ce, malgré sa condition plus que modeste (« If I were a Rich Man »). Il rencontre Perchik, un jeune étudiant aux idées révolutionnaires, et l’invite chez lui. Entourés des membres de leur famille et de leurs amis, Tevye et Golde président le repas, aux accents d’une tendre et obsédante prière (« Sabbath Pryer »). C’est à l’auberge que Tevye accorde à Lazar Wolf la main de Tzeitel et invite tous ses amis à porter un toast à leur bonheur (« To Life ») ; mais un commissaire vient interrompre les réjouissances en annonçant les ordonnances prises contre les juifs. Tandis que Tevye arrange le mariage de sa fille aînée, celle-ci, de son côté, promet sa main à Motel, un misérable petit tailleur. Mis au courant des projets de sa fille, Tevye est d’abord choqué car la tradition veut que ce soit le père qui choisisse son gendre ; mais, réalisant qu’il se trouve devant un amour profond et sincère, il finit par céder et donne sa bénédiction au couple (« Miracle of Miracles »).
Il s’agit maintenant de convaincre Golde et pour cela Tevye utilise le côté superstitieux de son épouse en présentant sa décision comme étant le résultat d’un rêve (« Tevye’s Dream »). Le mariage de Tzeitel et Motel est l’occasion d’une joyeuse fête pour toute la communauté (« Sunrise, Sunset »), malheureusement interrompue par l’arrivée des forces de police qui commencent à saccager les maisons des juifs. Ne trouvant pas dans les Écritures de citation appropriée aux circonstances, Tevye lève son regard vers le ciel, espérant y trouver une explication.

Acte II

Tzeitel et Motel sont pauvres mais heureux. Suivant l’exemple de leurs aînés, Perchik et Hodel se déclarent attirés l’un par l’autre (« Now I Have Everything »). Chava, quant à elle, épouse un russe et se voit ainsi repoussée par ses parents et la communauté. Voyant ses filles se marier par amour, Tevye, après vingt-cinq ans de mariage, s’interroge sur les sentiments de Golde à son égard (« Do You Love Me »). Après avoir épousé celle qu’il aime, Perchik, qui manifeste de plus en plus de ressentiment à l’égard du tsar, part rejoindre ses amis révolutionnaires. Arrêté à Kiev et envoyé en Sibérie, il sera rejoint par Hodel que Tevye, les larmes aux yeux, accompagne jusqu’à la gare (« Far from the House I love »). Et c’est ainsi que le monde douillet que Tevye avait rêvé de construire pour sa famille s’effrite petit à petit. Le coup fatal est donné par le tsar qui ordonne à tous les juifs d’évacuer leurs maisons. Rassemblant rapidement leurs objets les plus précieux, les habitants d’Anatevka commencent alors leur exil vers différents points du globe (« Anatevka »). Leurs biens entassés sur un chariot, Tevye, sa femme et ses deux cadettes entament un long voyage qui les mènera vers un pays où ils espèrent trouver amour et richesse : l’Amérique.

D’après Michel Leclercq

La partition

(version française 1969)  

« Tradition » (Tevye, chœurs) ; « Un homme à marier » (Tzeitel, Hodel, Chava) ; « Ah, si j’étais riche ! » (Tevye) ; « Prière du sabbat » (Tevye, Golde, chœurs) ; « A toi, à moi, l’chaim » (Tevye, Lazar Wolf) ; « Prodigieux, miraculeux » (Motel) ; « Le rêve » (Tevye, Golde, chœurs) ; « Un jour s’en vient » (Tevye, Golde, chœurs) ; « Si tu m’aimes » (Tevye, Golde) ; « Loin de notre maison » (Tzeitel ?) ; « Anatevka » (ensemble)

—  Fiche technique

Un violon sur le toit (Fiddler on the Roof)
Comédie musicale de Joseph Stein d’après les contes de Sholom Aleichem ; lyrics de Sheldon Harnick ; musique de Jerry Bock.
Création à l’Imperial Theatre (New York), le 22 septembre 1964. Mise en scène et chorégraphie, Jerome Robbins. Avec :
Zero Mostel, Maria Karnilova, Joanna Merlin, Julia Migenes, Tanya Everett, Marylin Rogers, Linda Ross, Béatrice Arthur, Austin Pendleton, Bert Convy, Mickael Granger, Joe Ponazecki.

Version française de Robert Manuel ; lyrics de Maurice Vidalin.
Création à Paris le 8 novembre 1969 au théâtre Marigny. Mise en scène originale reproduite par Richard Altman; reproduction chorégraphique, Irène Claire. Avec :
Yvan Rebroff (Tevye), Maria Murano (Golde), Florence Blot (la marieuse), Philippe Ariotti (le tailleur), Gérard Paquis (l’étudiant), Marco Perrin (le boucher), Janet Clair, Geneviève Darnault, Monique Galbert (les 3 filles aînées de Tevye), Georges Adet, Carlos Otero (le rabbin et son fils). Orchestre et chœurs, direction Wall-Berg.

Nouvelle version française de Stéphane Laporte ; mise en scène : Jeanne Deschaux et Olivier Bénézech ; chorégraphies originales de Jérôme Robbins restituées par Jeanne Deschaux ; décors : Yves Valente ; costumes : Frédéric Olivier. Direction musicale, Pierre Boutillier.
Création à Paris, théâtre Comédia, le 28 septembre 2005. Avec :
Franck Vincent (Tevye) ; Isabelle Ferron (Golde) ; Sandrine Seubille (Tzeitel, l’aînée), Christine Bonnard (Hodel, sa cadette), Amala Landré (Chava, la benjamine) ; Vincent Heden (Motel Kamzoil, le tailleur), Thierry Gondet (Perchik, un étudiant), Cathy Sabroux (Yente, la marieuse) ; Robert Aburbe (Lazar Wolf, le boucher) ; Francine Bouffard (Fruma Sarah) ; Oona Hodges (Grand-mère Tzeitel); Jacques Vidal (le rabbin) ; Mari Laurila (Shandel, la mère de Motel).

Discographie

(version française 1969)

Sélection

Maria Murano, Yvan Rebroff, Janet Clair, Monique Galbert, Geneviève Darnault, Marco Perrin, Philippe Ariotti, Sibyl Bartrop, Eliane Thibault, Florence Blot, Carlos Otéro, Michel Vernarc. Direction musicale, Wall-Berg.
Un 30cm vinyl CBS 70065

— Références

Vous retrouverez Un violon sur le toit dans « Opérette » n° 67, 136, 137, 138, 173, 182 & 188. Si l’un de ces articles vous intéresse, vous pouvez le consulter en allant sur notre page « Revue “Opérette” »

Dernière modification: 14/03/2024

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