La Belle Hélène

La Belle Hélène

Jacques Offenbach (1819-1880)

 

La découverte des ruines de Troie a donné un fondement historique à la légende racontée dans l’Iliade. Dans cette légende, Pâris, le fils de Priam, a été élevé par un berger. Il gardait les troupeaux lorsque Héra, Aphrodite et Athéna se présentèrent devant lui. Les trois déesses se disputaient le prix de beauté. Pâris le remit à Aphrodite qui lui promit l’amour d’Hélène de Sparte.
Accueilli par Ménélas, roi de Sparte, Pâris s’empressa de lui enlever sa femme. Ce fut la raison de la guerre de Troie. Les hostilités durèrent 10 ans. On sait comment elle se termina. Ulysse conseilla aux Grecs de construire un grand cheval de bois dans lequel des guerriers se cachèrent. Les Grecs firent alors mine de se retirer. Les assiégés firent entrer le cheval dans leur ville. La nuit venue, les Grecs sortirent du cheval, ouvrirent les portes à leurs amis et dévastèrent la cité. Au cours de ce siège, Pâris blessa mortellement Achille d’une flèche au talon. Il succomba lui-même sous les flèches empoisonnées de Philoctète. 

Dans la réalité, les Grecs se heurtaient aux Troyens qui gardaient le passage maritime de l’Hellespont et prélevaient de lourds péages. Riche, la ville attirait les convoitises. Vers 1190 / 1180 av JC, Agamemnon et les Achéens partirent à la conquête de Troie. Bien fortifiée, la cité paraissait imprenable. Les assaillants finirent par en venir à bout par la famine et le découragement. Les Achéens brûlèrent ce qu’ils ne purent emporter.

L’opéra bouffe d’Offenbach
Paris, 1864.
On raconte – mais l’anecdote est contestée par certains auteurs – qu’Hortense Schneider, qui vient de se brouiller avec le directeur du Palais-Royal est libre de tout engagement. La diva, encore sous le coup de cette dispute, décide de rejoindre sa mère à Bordeaux. 
Avant son départ, Offenbach, Meilhac et Halévy réussissent à lui faire écouter la partition de La Belle Hélène, l’ouvrage qu’ils préparent pour le théâtre des Variétés. Quoique tentée par le rôle qu’on lui propose, la jeune femme refuse de s’engager. Arrivée à Bordeaux, elle reçoit une dépêche amicale et pressante. Elle exige un cachet exorbitant et, l’ayant obtenu, prend le train pour Paris. Que cette anecdote ait été ou non inventée, une chose est sûre : Hortense est engagée pour interpréter Hélène.

Les répétitions sont difficiles. L’orchestre de 26 musiciens et les chœurs qu’Offenbach a réussi à soutirer de la ladrerie du directeur Cogniard ne lui donnent pas satisfaction. Il ne réussit pas à obtenir qu’un ballet agrémente le spectacle. Les costumes et décors sont neufs, mais sans luxe, ni recherche. Hortense fait caprice sur caprice. Elle est souvent en désaccord avec Offenbach au sujet de l’interprétation. Elle se dispute régulièrement avec Léa Silly, la titulaire du rôle d’Oreste…

Schneider Silly Belle Helene

On finit par arriver au soir du 17 décembre 1864, date de la première représentation. Le triomphe est au rendez-vous tant pour les auteurs que pour les interprètes, Hortense Schneider et José Dupuis en tête. Certes la presse, tout en louant les qualités de la partition d’Offenbach, n’apprécie pas toujours ce nouveau camouflet infligé aux idoles de l’Antiquité. Mais qu’importe, le succès de La Belle Hélène ne tarde pas à devenir international. Dès mars 1865, l’ouvrage est joué à Vienne, le mois suivant, à Berlin.
Avec La Belle Hélène, Ies auteurs s’attaquent, d’une manière encore feutrée (la censure est passée par là !), à la société dans laquelle ils vivent. L’ouvrage dénonce la frivolité des mœurs parisiennes. On trouve également dans La Belle Hélène une critique qui défie le temps : la condamnation des vices éternels de l’humanité et de ses gouvernants.

L’argument

L’action se passe à Sparte et à Nauplie, avant la guerre de Troie.

Acte I

À Sparte, devant le temple de Jupiter
Hélène, l’épouse du roi Ménélas, commente avec Calchas, le grand augure de Jupiter, l’affaire du mont Ida à la suite de laquelle Vénus a promis à Pâris l’amour de la plus belle femme du monde. Mais la plus belle femme du monde n’est autre, personne ne l’ignore, qu’Hélène, la belle Hélène ! Aussi, cette dernière rejette à l’avance sur la Fatalité la responsabilité des conséquences de cette promesse de la déesse.
Pâris survient et se fait reconnaître de Calchas, en lui recommandant de préserver son incognito. Il lui remet un message de Vénus, et l’augure se met à sa disposition pour l’aider à conquérir Hélène. Cette dernière fait la connaissance de Pâris, qui se fait passer pour un berger. La reine ne cache pas l’admiration que lui inspire ce beau jeune homme. Voici le cortège des rois qui s’avance : les deux Ajax, le bouillant Achille, Ménélas, le roi de Sparte et Agamemnon, le roi des rois. Pâris gagne le concours d’intelligence organisé par Agamemnon. Il dévoile alors son identité. Les rois sont soulagés d’avoir été vaincus par quelqu’un de leur rang. Hélène est troublée, très troublée. Ménélas invite Pâris à dîner, mais ce n’est pas suffisant et le jeune homme appelle Calchas à son secours.
L’augure consulte les dieux et annonce que Jupiter ordonne au roi Ménélas d’aller faire un séjour en Crète. Ménélas se fait un peu tirer l’oreille mais finit par accepter. Il part pour la Crète !

Acte II

Le palais de Ménélas et d’Hélène
Pâris a le champ libre, mais Hélène lui résiste encore. La reine organise un grand jeu de l’oie auquel participent Agamemnon et sa suite. Calchas triche effrontément et se fait surprendre. Il raconte à Hélène ses malheurs. Celle-ci ne s’en soucie guère et lui demande de lui faire apparaître Pâris… en songe. Elle s’assoupit. Tandis que les rois soupent dans la galerie de Bacchus, Pâris s’introduit auprès d’Hélène. La reine se réveille, tout en voulant se persuader qu’elle rêve encore. Elle tombe bientôt dans les bras de son soupirant mais… Ménélas survient et se met à protester de façon peu royale. Il prend tout le monde à témoin de son infortune. On essaie de lui démontrer qu’il y a un peu de sa faute dans cette affaire : on n’arrive tout de même pas à l’improviste chez sa femme au retour d’un voyage ! Mais Ménélas ne veut rien entendre.
Agamemnon se résout à congédier Pâris. Celui-ci se retire en jurant qu’il reviendra et qu’il enlèvera Hélène.

Acte III

Sur la plage de Nauplie
Pour venger Pâris, Vénus a répandu dans la Grèce une épidémie amoureuse. Le désordre s’est installé dans les ménages et dans les mœurs. Hélène boude. Elle refuse de se justifier devant Ménélas. Agamemnon reproche à ce dernier son égoïsme ; il le conjure de sacrifier son honneur à l’intérêt du pays. Ménélas a choisi un autre moyen pour calmer le courroux de Vénus. Il a écrit à Cythère pour demander la médiation du grand augure de la déesse. Calchas proteste contre la venue de ce concurrent.
La galère de Cythère fait son apparition. Pâris, méconnaissable sous son déguisement de grand augure, annonce le désir de la déesse : Hélène devra l’accompagner à Cythère où elle sacrifiera cent génisses blanches à Vénus. Heureux de s’en tirer à si bon compte, Ménélas accepte. Hélène, qui reconnaît Pâris, hésite un peu mais s’embarque sur l’esquif. Aussitôt que la galère a levé l’ancre, Pâris ôte sa fausse barbe et annonce à Ménélas qu’il emmène Hélène. La guerre de Troie aura bien lieu !

La partition

Acte I : Introduction et chœur ; Chœur et Hélène “Amours divins” ; Chœur et Oreste “C’est Parthoénis et Léoena” ; Air de Pâris “Au mont Ida” ; Marche des Rois de la Grèce ; Chœur “Gloire au berger victorieux”, Hélène, ensemble et final I “Gloire ! gloire ! gloire au berger”.

Acte II : Entracte (orchestre) et chœur “O Reine, en ce jour” ; Invocation à Vénus (Hélène) ; Marche de l’oie ; Scène du jeu “Cessez Calchas” ; Duo Hélène-Pâris “Oui c’est un rêve” (parfois précédé de la Berceuse de Pâris, coupée à la création) ; “Un mari sage” (Hélène), valse “Je crains leur fureur” et final II “A moi ! Rois de la Grèce, à moi !”

Acte III : Entracte (orchestre), chœur et ronde d’Oreste “Vénus au fond de nos âmes” ; Couplets d’Hélène “Là vrai, je ne suis pas coupable” ; Trio patriotique (Agamemnon, Calchas, Ménélas) ; Chœur “La galère de Cythère”, tyrolienne de Pâris “Soyez gais” ; Final III.

Fiche technique

La Belle Hélène
Opéra bouffe en 3 actes de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, musique de Jacques Offenbach. Création à Paris, théâtre des Variétés, le 17 décembre 1864. Avec :
Hortense Schneider (Hélène), Léa Silly (Oreste), José Dupuy (Pâris), Kopp (Ménélas), Grenier (Calchas), Couder (Agamemnon), Guyon (Achille), Hamburger (Ajax I), Andol (Ajax II).
Editions Heugel

Discographie

Intégrales

Felicity Lott, Yann Beuron, Michel Sénéchal, Laurent Naouri, François Le Roux, Marie-Ange Todorovitch. Direction musicale, Marc Minkovski (version Châtelet 2000)
Coffret 2 CD Emi 545477-2

Jessie Norman, John Aller, Charles Burles, Gabriel Bacquier, Jean-Philippe Lafont. Direction musicale, Michel Plasson
Coffret 2 CD Emi 7471578

Jane Rhodes, Rémy Corazza, Jacques Martin, Jules Bastin, Michel Trempont. Direction musicale, Alain. Lombard
Barclays 90 201/02 (2 disques) – repris en 2CD Universal-Accord 461954-2

Danièle Millet, Bernadette Antoine, Charles Burles, Jean-Christophe Benoît, Michel Dens, Luis Masson. Direction musicale, Jean-Pierre Marty
EMI C 193 11194/5 (2 disques) – repris en 1 coffret 2 CD 574085.2

Janine Lindenfelder (Linda Felder), André Dran, Bernard Demigny. Direction musicale, René Leibowitz
Musidisc CV 940/41 (2 disques)

Nicky Nancel, André Battedou, Pierre Tornade, Jean-Laurent Cochet, Michel Roux. Direction musicale, Gérard Calvi
Vega 8054/5 (2 disques)

Maria Murano, Huguette Hennetier, Janette Levasseur, Huguette Prudhon, Marcelle Sansonetti, Gaston Rey, René Lénoty, André Balbon,Claude Devos, Maurice Porterat, Marcel Genio, Lucien Huberty. Orch. Marcel Cariven
RTF 1958 

Sélections

Jane Rhodes, Andrine Forli, Bernard Plantey, Jean Giraudeau, Jacques Doucet. Direction musicale, Manuel Rosenthal
Philips 67 47 183 (Album 2 disques ; deuxième disque : La Vie Parisienne) (la collection de sélections Philips a été reprise en CD)

Deva Dassy, Liliane Berton, Claude Devos, Duvaleix, Willy Clément, Michel Roux. Direction musicale, Jules Gressier
EMI C 057 10852 – repris en coffret 2CD EPM 767 515 2 (autres titres : La Vie Parisienne et Orphée aux Enfers)

Michèle Herbé, Albert Volî. Direction musicale, Robert Bléser
ARIA 330 763 (1 face, Au verso : La Fille de Madame Angot)

Jessye Norman, John Aler, Jean Philippe Lafont, Charles Burles. Orch. Jean-Pierre Marty
Sélection du Reader’s Digest CD 3159.4 (extraits intégrale EMI) (3 CD) (+ La Vie Parisienne + Orphée aux enfers)

DVD

Felicity Lott, Yann Beuron, Michel Sénéchal, Laurent Naouri, François Le Roux. Orch. Marc Minkowski ; Théâtre du Châtelet – Mise en scène : Laurent Pelly
TDK DV-OPLBH (2 DVD)

Emmanuelle Zoldan,Aude Sardier, Isabelle Fleur, Anaïs Constant, Frédéric Mazzotta, Dominique Desmons, Michel Vaissière, Philippe Ermelier, Frank T’Hézan,Thibaut T’Hézan, Jean-Christophe Fillol, Jean-François Huriet. Orch. Jean-Christophe Keck
Mise en scène : Frank T’Hézan.
Festival de Châteaux de Bruniquel 2011 (2 DVD)  – Consulter le site www.bruniqueloff.com

Références

Vous retrouverez La Belle Hélène dans “Opérette” n° 48, 62, 82, 113, 158, 162, 164, 172, 174, 176, 177, 178, 182, 185, 186, 189, 190, 197, 198, 200, 205 & 208. Si l’un de ces articles vous intéresse, vous pouvez le consulter en allant sur notre page “Anciens numéros”

 Dernière modification: 27/02/2024

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