donné au château de Ligoure au Vigen (87)
Le Festival Opéra Opérette piloté par la Follembûche se poursuit avec un récital de la soprano Charlotte Bonnet qui est aussi une véritable story telling qui permet à la chanteuse d’évoquer les grands moments d’une carrière qui doit beaucoup à l’amitié et aux rencontres. Le choix des rôles, les évolutions dans le métier ne sauraient être désincarnés. Le récital articulé avec le récit existentiel déroulé par Charlotte Bonnet est comme un hymne au chant mêlé à la vie.
Amenée à chanter dans une manifestation consacrée à l’opérette, Charlotte Bonnet, de plus en plus tournée vers le Grand Lyrique, tient d’abord à rappeler la place qu’a tenue l’opérette dans sa carrière. Encore tient-elle à préciser qu’elle a surtout choisi d’interpréter l’opérette classique, musicale, proche de l’opéra-comique. On ne manquera pas de remarquer que ce répertoire exigeant pour les voix émane de compositeurs qui auraient pu tout aussi bien s’exprimer dans l’opéra.

Pour le répertoire français Charles Lecocq et André Messager, justement faisant partie de ces derniers, sont en bonne place dans le récital, notamment avec les titres que Charlotte Bonnet a déjà joués à la scène. L’air d’entrée de Véronique, dans l’ouvrage éponyme de Messager, une marche d’une légèreté inouïe, « Ah ! la charmante promenade », met en évidence le très beau phrasé de la chanteuse, sa voix lumineuse et surplombante. Les artistes de la troupe du festival intervenant durant le récital, ce sont Florence Kolski et Jean-Claude Robert qui donnent la réplique dans ce trio. Suit l’air virtuose de Lady Mary (« la valse du rossignol ») dans Monsieur Beaucaire qui sollicite la modulation et les aigus performants dans lesquels excelle l’interprète.
Charles Lecocq, le maître de l’opérette classique, ne convient pas moins bien à l’art raffiné de la soprano, qui, bien qu’en concert, fait aller de pair le théâtre et la voix. Le « Boléro » de Micaëla dans le Cœur et la Main est enlevé avec un entrain communicatif et les notes brillantes qui en expriment la vocalité attendue. Elle retrouve deux de ses collègues pour le trio de l’acte III de la Fille de Madame Angot (« Je trouve mon futur charmant »). Le côté vivant de la scène est assuré par la malice des intonations et du jeu, le timbre plein de Charlotte Bonnet et les réparties d’Olivier Montmory dans Pomponnet et Dominique Desmons dans Larivaudière. Avec la valse de Gabrielle dans les Cent Vierges chantée avec une rare projection et la couleur qui sublime une page un peu à part chez Lecocq. La « Chanson politique » toujours de la Fille de Madame Angot donnée en bis est très applaudie par le public.
Elle n’oubliera pas Félix Fourdrain, le compositeur fétiche du festival, dans une reprise (festival 2014) des couplets « Que je précise » tirés des Maris de Ginette.

Dans l’opérette classique les plus populaires Cloches de Corneville de Robert Planquette sont également à l’honneur. L’air de Germaine à l’acte II « Ne parlez pas de mon courage » permet d’investir la richesse des harmoniques de la voix dans le sentiment et le dramatisme. Petite incursion dans un répertoire différent, celui du Vincent Scotto de Violettes impériales que Charlotte Bonnet a aussi interprétées à la scène avec bonheur.
Le répertoire viennois, très prisé du public, est lui aussi au programme. Après une éblouissante « Chanson de Vilya » tirée de la Veuve joyeuse, Charlotte Bonnet interprète, avec le Coutançon à la voix puissante d’Olivier Montmory, le célèbre duo du pavillon. Nadia n’est pas moins en voix que Missia. « L’Heure Exquise » ne manquera pas d’être donnée en bis.
Bonne idée d’avoir programmé le trio de l’acte II de l’opérette d’Oscar Straus Rêve de valse ; le rôle de Franzi est celui d’une première chanteuse dont Charlotte Bonnet connaît les codes ; elle fait alterner avec facilité et brio la mélodie et le rythme, les registres restant homogènes et expressifs, le chant nuancé. C’est Nathalie Courtioux-Robinier et Florence Kolski qui lui donnent une réplique à la hauteur.

Notre soprano est devenue un des noms recherchés qui évoluent dans le monde l’opéra. Elle est affichée aussi bien à l’Opéra Bastille que dans les grandes Maisons d’Opéra dans l’hexagone et à l’étranger. C’est ainsi qu’on a pu l’applaudir dans La Flûte enchantée, Rusalka, la Nonne sanglante (Gounod), L’Amico Fritz (Mascagni), Falstaff. Les projecteurs se sont fixés sur elle dans Noémie (Cendrillon), Musetta, Liù, Micaëla, Hilda (Sigurd), Zerlina, Pamina…
Elle incarnera en 2027 le rôle titre dans Mireille, l’opéra de Charles Gounod, à l’Opéra de Marseille. Elle a gratifié le public de deux extraits qui rendent impatients de la retrouver dans l’intégralité de la partition : l’air « Trahir Vincent » où l’ampleur de la voix, les accents lyriques, les traits vocalisés et un phrasé ardent sont au service de l’engagement amoureux du personnage ; le duo avec Vincenette est un autre grand moment. La déclamation, la délicatesse de la prière, la ferveur décrivent le profil vocal idéal que demande le climat émotionnel que créé le duo. Notons la très belle réplique donnée par Marine Boustie dans le rôle non moins sensible de Vincenette.
C’est un public comblé qui a longuement applaudi l’artiste, lui associant la pianiste Lucie Adam en parfaite osmose avec le chant. Cette dernière a donné un aperçu de son talent de soliste dans quelques interventions séparées très appréciées du public.
Didier Roumilhac
13 septembre 2025
Chant : Charlotte Bonnet – Piano : Lucie Adam
avec Florence Kolski, Marine Boustie, Nathalie Courtioux-Robinier, Olivier Montmory, Jean-Claude Robert, Dominique Desmons



