Quatre jours à Paris, Tourcoing
dimanche 11 février 2024

Quatre jours à Paris, Tourcoing

Quatre jours à Paris (© BC)

Créée en février 1948, cette opérette est la troisième de Francis Lopez, après La Belle de Cadix (décembre 1945) et Andalousie (octobre 1947). Comme la précédente, elle bénéficie d’un excellent livret de Raymond Vincy et Albert Willemetz, livret qui tient plus du vaudeville-opérette avec ses quiproquos et ses rebondissements incessants.

En fait, sous un aspect simple, la partition utilise encore certaines formes du genre dit “classique” avec airs, duos, trios et même un quatuor ; quant aux finales assez développés , ils s’inspirent de ceux de Maurice Yvain dans ses premiers ouvrages, de savants pots-pourris reprenant une grande partie des airs de l’acte ou du tableau, avec entrée successive de chacun des interprètes.

4 jours a Paris 1 1Dans les rythmes choisis, outres ceux habituels de l’époque comme les valses, Lopez introduit des thèmes plus modernes tels le blues de la danse de Zénaïde, métamorphosée en pin up au final, et surtout la samba, dite brésilienne qui sera le tube du spectacle et que l’on est encore capable de fredonner 75 ans après sa création : “C’est la samba brésilienne / Qui permet aux parisiennes / Sans avoir l’air d’y toucher / Chaque nuit de goûter les petits à-côtés du péché.” (ceci dit, à notre époque, je pense que bien des fêtards ne s’arrêtent plus aux petits à-côtés).

Sur le plateau du théâtre Raymond Devos, la compagnie des Mus’Arts avait réuni un excellent plateau d’artistes placés sous la direction musicale de son chef, Pascal Chardon à la tête d’une dizaine de musiciens.

De la belle mise en scène classique de Lucien Delacroix, retenons la vivacité et le bon enchaînement des scènes se déroulant dans d’agréables décors, celui de l’institut de beauté “Hyacinthe de Paris”, celui très beau et en dur de la cour de l’auberge de Montaron, le père de Gabrielle, installé à La Palisse, puis celui de l’intérieur de l’auberge.

La distribution féminine affichait de réelles qualités, autant vocales que scéniques. Stéphanie Portelli, soprano aussi à l’aise en opéra, en opérette qu’ en comédie musicale, apporte sa féminité et la grâce de sa voix dotée d’un bel aigu au personnage romantique de Gabrielle, notamment dans l’air-titre “Quatre jours à Paris” qui ouvre le second tableau. D’une nature tout à fait opposée, l’exubérante et fantasque Amparita trouve en Véronique Pain le dynamisme nécessaire au personnage pour mettre en valeur son “Paris-Champagne” et surtout dans sa première présentation, la fameuse “Samba brésilienne” chanté en duo avec Ferdinand. Quant à Magalie Houcques, elle est parfaite de drôlerie dans le personnage clownesque de Zénaïde, la servante souillon de l’auberge en proie à ses “mirages”. Parmi les employées de l’institut de beauté n’oublions pas la jalouse Simone, la maîtresse en titre de Ferdinand jouée par Julie Lemas, et Clémentine, qui n’a d’yeux que pour Nicolas, interprétée par Marie Chloé Crespel, ce qui nous amène à la partie masculine de la distribution.

Fabrice Todaro est l’aimable coiffeur Ferdinand adoré de ses clientes, toujours prêt à donner “Un petit coup par-ci” sans néanmoins renoncer à son “Jour de repos”, airs agréablement chantés, en plus des duos et des ensembles, mais cet artiste ne me semble pas, dans sa prestation, vraiment incarner l’irrésistible figaro, phantasme de ces dames. Son ami Nicolas, joué par le fantaisiste Étienne Pladys, est son contraire : dédaigné des femmes (sauf de Clémentine, qu’il surnomme “sécotine”) ; après “un baiser ravageur” concédé à Zénaïde (faute de grive…), il finit par atteindre le bonheur dans les bras de Simone. (Notons qu’un quatuor vocal “Eh bien ! C’est du joli” réunit les deux couples initiaux, Simone et Ferdinand, Clémentine et Nicolas).

Lucien Delacroix, outre la mise en scène, tenait le rôle de Hyacinthe, le directeur de l’institut ; dès son entrée en scène, on comprend, à travers son air “Que les hommes” que la gent féminine est très loin d’être sa préoccupation principale. Sauf Amparita, mais pour la simple raison qu’elle lui a promis une énorme subvention qui est à la base de toute l’intrigue, et dont le paiement dépend de son mari le jaloux Bolivar, ici solidement campé par Ludovic Crombé, les trois personnages se retrouvant dans le trio “Tu seras trompé”.

Par un hasard qu’on ne trouve que dans les opérettes, tous les personnages se retrouvent réunis dans l’auberge de La Palisse, y compris Bolivar pour une partie d’échecs qui l’oppose à Montaron. Celui-ci est non seulement aubergiste, passionné d’échecs mais aussi éleveur de poules dont le nom de l’une d’elles, Grand’mère, est à l’origine d’amusants quiproquos ; Bernard Pladys apporte à ce personnage haut en couleur mais non ridicule en dépit de son air “J’aime les poules”, la carrure nécessaire.

Arrêtons-nous un instant sur le troisième tableau se déroulant pendant la nuit dans l’auberge. Le rideau se lève sur un “arrêt sur l’image” avant que tous les participants n’occupe le temps d’une manière ou l’autre pour ensuite regagner leurs chambres. Le point fort est le retour progressif de chacun sur le leit-motiv “Ah ! Quelle nuit, quelle nuit”, les dames habillées de tenues légères, allant du déshabillé affriolant d’Amparita au pyjama en pilou de Zénaïde ou celui à rayures de Nicolas dont les poches débordent de la paille qui lui sert de couche dans le poulailler (la vengeance de Ferdinand pour le punir de la situation dans laquelle tous se trouvent plongés par ses indiscrétions).

L’ambiance festive du spectacle est renforcée par l’intervention des chœurs et par six superbes danseuses en costumes de cariocas pour la samba ou drapées de vastes chasubles sombres pour un ballet des songes sur la musique “C’est mon jour de repos” ajouté au dernier tableau autour de Ferdinand assoupi.

Ces Quatre jours à Paris ont été très applaudi par le fidèle public du Théâtre Raymond Devos qui retrouvera ses places habituelles pour La Belle Hélène donnée début avril.

Bernard Crétel
11 février 2024

Réalisation :
Direction musicale : Pascal Chardon – Mise en scène : Lucien Delacroix – Chef des chœurs : Marie-Pierre SelosseCarolo King Ballet, dir. Annie SavouretCouturières : Magui, Josiane, Annie – Décors et accessoires : Yvon Moreau, Bernard Pladys, Alain Woestin – Orchestre du théâtre – Choristes et figurants des Mus’ Arts – Conception affiches et programmes : Annie Caudrelier

Distribution :
Gabrielle : Stephanie Portelli – Zénaïde : Magalie Houcques – Amparita : Véronique Pain – Simone : Julie Lemas – Clémentine : Marie-Chloé Crespel
Ferdinand : Fabrice Todaro – Nicolas : Etienne Pladys – Hyacinthe : Lucien Delacroix – Montaron : Bernard Pladys – Bolivar : Ludovic Crombé – Dieudonné : Patrick Montagne.

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