Tout juste un siècle après les premières représentations parisiennes, No No Nanette nous revient en force avec cette brillante production des Frivolités Parisiennes, dans une adaptation de Christophe Mirambeau, qui nous entraîne dans un tourbillon musical et scénique ; et même si on est un peu surpris d’entendre de nouvelles paroles sur des airs archi-connus, le « thé pour deux » est bien là.

La représentation n’a pas encre commencé que les spectateurs regardent avec étonnement la scène zébrée de grandes plaques horizontales et verticales aux couleurs flamboyantes. Tout au long du spectacle, elles vont se déplacer en tous sens, organisant ainsi l’espace au gré des situations ; c’est une idée originale qui participe largement au rythme échevelé de cette production et leurs couleurs s’harmonisant avec bonheur aux costumes, tout aussi flamboyants et colorés.

On est en pleine comédie de boulevard, comme on savait les apprécier dans les années folles. Le riche et généreux Jimmy Smith retrouve de manière imprévue trois jeunes femmes qu’il entretient en cachette de son épouse, tandis que sa nièce Nanette veut profiter de la vie car on lui a trop souvent répondu « no » quand elle demandait un peu plus de liberté ; son fiancé Tom devra donc attendre encore un peu. Mais évidemment, tout s’arrangera au final dans un joyeux désordre.

D’un bout à l’autre, c’est une farce, parfaitement kitch, dans laquelle tous les personnages affichent quasi en permanence un comportement des plus agités, dans des situations qui tournent parfois au burlesque, en laissant très peu de place à la tendresse, à l’émotion. C’est parfois étourdissant, d’autant plus que les danseurs s’en donnent à cœur joie en bondissant allègrement dans une chorégraphie là aussi frôlant parfois l’excès. Mais on aurait mauvaise grâce à se plaindre d’un spectacle si enlevé que les deux heures de la représentation nous transportent dans une joyeuse insouciance et qu’on en sort avec les musiques plein la tête. N’oublions pas que No No Nanette est avant tout une comédie musicale, fort bien servie par l’orchestre porté par un bel élan, même si les cuivres sont un peu trop tonitruants, sans toutefois masquer les voix. Enfin, et peut-être surtout, les interprètes allient avec le plus grand bonheur de véritables qualités vocales à un jeu très travaillé et fort séduisant. Tous sont excellents et servent bien le livret comme la musique de Vincent Youmans, mais je n’hésite pas à décerner une mention toute particulière à Marie-Elisabeth Cornet qui, dans le rôle de Pauline, allie à merveille comique et tendre nostalgie ; elle se taille un beau succès, bien mérité.
Indigo
27 mars 2026
No No Nanette !
Musique : Vincent Youmans – Livret : Otto Harbach, Frank Mandel, Burt Shevelove, Irving Caesar.
Adaptation française 2026 : Christophe Mirambeau – Mise en scène : Emily Wilson et Jos Houben – Création scénographie, costumes :Oria Puppo – chorégraphie :Caroline Roëlands.
Coproduction Opéra de Reims, Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Théâtre de Caen, Atelier lyrique de Tourcoing.
Distribution :
Nanette : Marion Préïté – Lucille :Lauren Van Kempen – Sue :Caroline Roëland – Pauline :Marie-Elisabeth Cornet – Les amantes : Véronique Hatat, Maeva Simonnet, June Van der Esch.
Tom Trainor : Loaï Rahman – Jimmy Smith : Arnaud Masclet – Billy Early : Ronan Debois.
Orchestre Les Frivolités Parisiennes, direction musicale et chef de chant : Benjamin Pras.


