Les Fugère, Lucien et Paul

Les Fugère, Lucien et Paul

Lucien Fugère à 33 ans

Lucien Fugère (1848–1935), eut une carrière tout à fait exceptionnelle qui le mena du music-hall à l’opéra-comique, en passant par l’opérette. Sa voix agréable de baryton, conduite avec beaucoup de goût, et son talent de comédien furent mis au service de très nombreux ouvrages dont une grande quantité de créations, notamment : La Basoche, Louise, Grisélidis, le Jongleur de Notre Dame, Fortunio, Don Quichotte… Sa longévité fut telle qu’à plus de 84 ans il était encore ovationné dans Le Barbier de Séville. Ne se contentant pas d’avoir un talent extraordinaire, il se permettait encore d’être un excellent camarade, un homme d’esprit et un pédagogue. Son frère Paul, de trois ans son cadet, mena lui aussi une belle carrière, d’abord comme comédien avant de briller dans l’opérette.

Lucien Fugère

Lucien Fugère est né le 22 juillet 1848 à Paris. Son père, estampeur en zinc, meurt en 1854, laissant une veuve avec neuf enfants à élever. Les aînés sont sculpteurs, les deux derniers seront chanteurs. Lucien, à l’âge de 12 ans, commence à travailler la statuaire avec ses frères, réparant les statues et les gargouilles de la cathédrale Notre Dame dont Viollet-Le-Duc termine la restauration. Puis il se fait voyageur de commerce en bijouterie. Le jeune homme fréquente alors diverses sociétés populaires de chant et, intéressé depuis longtemps par le théâtre et le chant, décide de tenter sa chance. Après avoir pris des leçon auprès d’un ex-ténor de talent, leçons cependant insuffisantes pour entrer au Conservatoire de Paris où il est refusé deux fois, il débute comme chanteur dans quelques obscurs cafés-concerts avant qu’un vieil ami de sa famille, le comédien Boutin, le recommande à M. André-Martin Pâris qui l’engage au Bataclan en mars 1870.

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Lucien Fugère dans Bartholo du “Barbier de Séville”

Ses débuts au Bataclan

Cette salle de spectacle (qu’une tragique actualité a remis à la une des journaux en 2015), est alors un bâtiment en forme de pagode (les superstructures chinoises ont aujourd’hui disparu), édifiée en 1864 et situé boulevard du Prince Eugène, (actuellement boulevard Voltaire) dans le 11e arrondissement. Son nom fait référence à l’opérette du même nom d’Offenbach, créée avec un grand succès 9 ans plus tôt.
L’année de son engagement, Fugère y crée, drapé dans le drapeau français, « Le Régiment de Sambre et Meuse », une marche de Robert Planquette qui connaît un grand succès. (elle est encore aujourd’hui la troisième marche française la plus jouée)1>Pendant quatre ans, Fugère y soupire la romance sentimentale et déclame le couplet patriotique (il raconte qu’il a chanté « la Marseillaise » revêtu de tous les costumes imaginables, en zouave, en franc-tireur, en ouvrier, en paysan, en bourgeois, etc.).

Au Bataclan, on monte une pièce par semaine, vaudevilles et comédies alternant avec opéras-comiques traditionnels. Doué d’une mémoire prodigieuse qui lui permettait d’apprendre les textes d’une pièce en huit jours seulement, Fugère est amené à en jouer 80. Il s’habitue vite aux planches et apprend l’art du comédien qui lui donnera la souplesse de son talent. Mais il se dépense et se surmène tant, qu’un jour il se trouve subitement sans voix, incapable de proférer une note.

Il consulter un professeur peu connu mais estimé des artistes qui lui promet de lui rendre sa voix. Alors commence pour Fugère un nouveau régime, des études et des exercices très simples pour respirer, poser la voix, assouplir et détendre les organes. Au bout de six mois, la voix est revenue ; non seulement il a appris le moyen de s’en servir mais aussi celui de ne plus la perdre, ce qu’il expliquera par la suite dans un remarquable traité de chant. Guéri, il reprend son métier et, peu après, un de ses amis, Desmonts, alors régisseur aux Bouffes-Parisiens, le présente au directeur, Charles Comte, le gendre d’Offenbach.

Les Bouffes-Parisiens

Comte, qui recherche un baryton pour la création de La Branche cassée de Gaston Serpette, l’engage aussitôt et Fugère y débute le 23 janvier 1874, dans le rôle de Grégoire qui lui vaut un franc succès. Pendant trois ans, notre baryton participe à diverses reprises ou créations d’œuvres d’ Isouard, Serpette, Vasseur… ainsi, bien sûr qu’à un grand nombre d’ouvrages d’Offenbach, avec les reprises de Monsieur Choufleury restera chez lui (rôle de Babylas), La Romance de la Rose (rôle de Francisque), La Princesse de Trébizonde (rôle de Casimir, repris au pied levé), mais aussi avec les créations de Madame l’Archiduc (1874, Castellardo), La Créole (1875, Saint-Chamas) ou encore La Boite au lait (1876, Souchard dont il doit bisser chaque soir les couplets d’entrée) 2

Au cours des matinées du théâtre, Fugère aborde des œuvres d’un style plus élevé où sa voix d’un timbre franc et agréable se fait davantage apprécier dans des extraits de La Flûte enchantée,Le Pré aux clercs, La Barcarolle (de Gounod)… Puis au cours de trois tournées effectuées à Néris pendant les saisons 1874, 1875, 1877, il aborde certains rôles de l’opéra-comique comme Le Maître de chapelle (Paër) ou Les Noces de Jeannette (Massé). Léon Carvalho le remarque et, comme il recherche des éléments nouveau pour rajeunir la troupe de la salle Favart, il l’engage pour l’emploi des barytons à partir du 1er septembre 1877. Il y jouera 98 rôles.

L’Opéra-Comique

Fugère maîtrise maintenant son métier et, en possession de sa méthode, il pourra chanter pendant plus de cinquante années sans une défaillance. Il y débute le 9 septembre 1877, dans le rôle de Jean des Noces de Jeannette, enlevant avec beaucoup d’entrain ce rôle difficile. Il ne tarde d’ailleurs pas à se tailler une place remarquable et se fait applaudir dans une multitude de reprises marquées par la force qu’il sait donner à ses interprétations.

Lucien fugere roles
Lucie Fugère dans : Falstaff, Papageno, Sancho

Parmi celles-ci, on peut citer : en 1877, Le Pré-aux-clercs (Hérold, d’abord le rôle de Girot, par la suite celui de Cantarelli), Cinq Mars (Gounod, Fontrailles) ; en 1878, Les Diamants de la couronne (Auber, Campo Mayor), Le Postillon de Lonjumeau (Adam, Biju) ; 1879, Roméo et Juliette (Gounod, Capulet), La Flûte enchantée, où son Papageno recueille tous les suffrages ; 1880, Les Dragons de Villars  (Maillart, Belamy) ; 1882, Les Noces de Figaro (Figaro), Manon (Massenet) où il montre, dans le comte des Grieux, une noblesse souveraine et une hauteur de caractère peu courantes ; 1884, Le Barbier de Séville, où il est considéré comme le meilleur Bartholo ; 1887, Roméo et Juliette, encore, mais dans le rôle de Frère Laurent ; 1893, La Traviata (Verdi, D’Orbel) et un remarquable Falstaff (Verdi) ; 1896, Don Pasquale (le rôle titre) puis Don Juanoù son Leporello est prodigieux de vérité et de finesse mais, pour Paul Dukas, « malheureusement pour lui, le rôle est souvent trop grave pour sa voix et, malgré le très grand talent de diction du chanteur, certains détails musicaux ne passent pas la rampe. Mais l’ensemble du personnage est composé avec une sûreté et un sentiment du comique large qu’on ne peut que louer. » Dans Leporello, Fugère fera également grande impression au Covent Garden de Londres l’année suivante. 1902, Le Médecin malgré lui, où il se montre un irrésistible Sganarelle ; 1903, La Vie de Bohème (Puccini, Schaunard) ; 1910, La Servante maîtresse (Pergolèse, Pandolphe)…

Avant d’aborder ses créations, découvrons qui était l’homme derrière l’artiste.

Portrait

Lucien Fugère est un être jovial aimé du public. Dès son entrée en scène, sa gaieté communicative, son rire joyeux, sa physionomie pleine de bonhomie lui conquièrent tout de suite une attention que soutient, jusqu’à la fin du spectacle, le charme de sa voix savamment conduite et sa connaissance parfaite de la scène. « Acteur très fin, capable d’une verve comique irrésistible comme d’une émotion communicative, Lucien Fugère, plus qu’un chanteur, est une « bête de théâtre, un de ces phénomènes qui fascinent le public. »4 Lorsqu’ils le voient arriver, ses collègues l’accueillent amicalement d’un « Voilà Papa Fu !  » ou encore « Voilà Fu-Fu ! ».
Catalogué baryton mais aussi basse chantante par certains, il est célèbre pour ses aigus en demi-teinte et son impeccable diction. Il est d’ailleurs, comme déjà dit, l’auteur, avec Raoul Duhamel, d’une « Méthode pratique de Chant Français par l’Articulation » parue en 1929. C’est par des exemples pratiques qu’il enseigne, bien plus que par des exposés doctrinaires. Le nombre des exercices vocaux dont il se sert est extrêmement restreint, faisant appel à des études très faciles. Ses commentaires et ses explications comportent toujours une richesse d’images et des expressions pittoresques et saisissantes, accompagnées d’exemples personnels. « On ne peut pas ne pas comprendre », disent ses élèves. Parmi ceux-ci, Miguel Villabella et, curieusement, Caroline Otéro.

Fugere a 80 ans
Lucien Fugère à 80 ans

Parmi les héritiers de son art on peut citer André Baugé et, plus tard, Michel Dens, lequel eut la même longévité. En 1898, ayant chanté à la ré-ouverture de la Salle Favart, Fugère est présenté au Président Félix Faure qui lui remet la croix de la légion d’honneur. Il sera d’ailleurs le seul artiste lyrique de la « Belle Époque » à recevoir cette décoration.

En 1902, il enregistre pour les firmes Zonophone ou Pantophone diverses chansons : « Le Vieux ruban », de Henrion, « Plaisir d’amour » de Martini, « Ronde d’amour » de Chaminade, et des airs d’opéras-comiques : Joconde, de Nicolo, L’Ombre>, de Flotow, Les Saisons, de Massé…, que l’on peut entendre sur internet ; on peut aussi télécharger les 24 pistes d’un disque (1h 17) tout à fait audible.

Dans le privé, Lucien Fugère se montre tout autant un homme remarquable. R. Chanoine-Davranches3 en trace le portrait suivant : « Parfait époux, bon père, excellent grand-père, exquis bisaïeul, il est le type achevé et parfait de l’homme au foyer, qui ne porte au cœur que des sentiments de probité et de bonté, dévoué aux siens, leur assurant « le nécessaire avec le superflu » comme il est dit dans Le Petit Duc. »
« Pourtant, précise E. Thomas-Salignac, la vie n’a pas toujours été douce pour lui. Il a subi des pertes cruelles, des déceptions imméritées mais il eut toujours la pudeur de les garder pour lui et le courage de les cacher à ses amis les plus intimes. »
Dès la fin du XIXème siècle, Fugère vient passer tous ses étés à Royan, à la conche du Chay, dans la quiétude d’une villa toute simple, la Mamette, dont il a lui-même surveillé l’aménagement et dont son épouse s’est faite l’architecte décorateur.

Ses créations

Dans les créations qui lui sont confiées, plus de 30, il saisit parfaitement les intentions des auteurs et sait donner à chacun de ses personnages une physionomie tout à fait différente et qui leur est bien propre. Parmi ses créations marquantes, – nous ignorerons un certain nombre d’ouvrages aujourd’hui totalement oubliés – citons tout d’abord le Sganarelle de L’Amour médecin, de Ferdinand Poise (1880), doté de beaucoup de verve et, du même compositeur, le Gilles de Joli Gilles (1884). Chabrier le choisit pour incarner le rôle de Fritelli dans Le Roi malgré lui (1887), et lui dédie par ailleurs deux chansons : « Sommation irrespectueuse » et « Pastorales des cochons roses. »

De Massenet, il apparaît dans six créations : Le Portrait de Manon, (Des Grieux, 1894), Cendrillon (Pandolphe, 1899), Griselidis (1901), pour lequel il crée là encore un personnage fascinant : « Oh ! ce diable des vieux mystères, mobile et fugace, adorné d’une longue queue ainsi qu’il se faisait au Moyen-Âge, riant, pleurant, dansant, éternuant, et puis tout d’un coup évoquant avec une puissance contenue mais souveraine pourtant, les esprits de la nuit ! » (R. Chanoine-Devranches). Dans Le Jongleur de Notre Dame (1904), son Boniface est tout aussi remarquable et il détaille « La Romance de la Sauge » comme personne. Viennent encore Chérubin (le Philosophe, 1905) et Don Quichotte (1910,dont Massenet lui dédicaça la partition), avec un Sancho passant avec une souple maîtrise de la bonhomie au grand lyrisme.

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Lucien Fugère dans La Basoche

Revenons en 1900 avec la création de Louise, de Charpentier, un nouvel exploit pour lui dans le rôle du père. « Quelle tendresse contenue dans ses dialogues avec sa fille, sa douceur voulant tempérer les colères de la mère ; quelle façon désolée et touchante de bercer Louise sur ses genoux ; quelle colère aveuglée enfin et quel anathème à Paris jouisseur et maudit. Que de nuance dans ce terrible rôle » (R. Chanoine-Devranches).

De Messager, il apparaît dans trois créations. Dans La Basoche, d’abord (1890), sans doute son plus grand triomphe ; il campe du duc de Longueville une silhouette inoubliable, à la fois noble et cocasse, racée et caricaturale, mais sans outrance. De Messager il crée encore Le Chevalier d’Harmental (1896, Biérat), un échec, et Fortunio (1907, Maître André).

Quelques titres encore, qui témoignent de l’énorme étendue de son répertoire :Phryné de Saint-Saëns (1893) où il incarne à merveille le double personnage de Dicéphile qui veut paraître vertueux et n’est qu’un sénile dévergondé ; La Vivandière de Godard (1895, La Balafre) ; La Fille de Tabarin de Pierné (1901, Beauval) ; Muguette de Missa (1903, Klotz) ; Le Mariage de Télémaque de Terrasse (1910, Ulysse).

Puis Lucien Fugère quitte, provisoirement l’Opéra-Comique pour une autre scène presque aussi prestigieuse.

La Gaîté-Lyrique

On le voit chanter dans ce théâtre jusqu’en 1920 et y reprend souvent ses plus grands succès. Pour La Basoche (1908),La Basoche Noël et Stoullig notent : « Artiste de premier ordre, comme toujours, sous les traits ahuris du duc de Longueville, M. Fugère a été le héros de la soirée. On l’a bissé, trissé, acclamé, rappelé. » En 1910, il retrouve Don Quichotte où, « vous pouvez croire qu’il fut un parfait Sancho, à la fois joyeux et touchant. » (N. & S.) En 1912, dans La Flûte enchantée, il renouvelle son grand succès d’autrefois avec son interprétation de Papageno. En 1913, reprise du Barbier de Séville, suivi d’une ultime création, celle de Carmosine,d’Henri Février, conte romanesque en 4 actes d’après Boccace et Alfred de Musset ; Fugère y interprète le rôle de Maître Bernard.

Après la guerre, il revient à l’Opéra-Comique et, en 1920, y fête ses 50 ans de théâtre. Mais à 72 ans, il ne peut se passer de la scène et ne se retire pas complètement. Il y chante pour la dernière fois La Basoche en 1929, donnant parfois jusqu’à six fois ses couplets de l’acte III Elle m’aime », enrichissant chaque interprétation d’intonations, de nuances et de jeux de scène différents. Il participe encore à diverses soirées et se produit ici et là. En 1931, au Trianon-Lyrique, il donne Le Maître de chapelle de Paër, puis La Basoche. Enfin il connaît son dernier triomphe en 1933, à 85 ans, au théâtre de la Porte-Saint-Martin où le public ému n’en finit pas d’acclamer le vieillard encore capable de le ravir dans Le Barbier de Séville.


Il s’éteint le 15 janvier 1935, à Paris. « On peut dire, qu’il est mort sur scène, puisque dans son délire il se croyait en pleine représentation. C’est pour lui une belle mort, la plus belle, celle qu’il se fût souhaitée… Fugère est mort et l’on se regarde étonné, comme s’il s’agissait d’un homme parti trop jeune… La vieillesse, Fugère ne l’a pas connue. Lorsqu’ elle s’est approché de lui, quand elle a vu ce visage épanoui, ces yeux rieurs et cette bouche malicieuse toujours prête à conter quelque bonne blague, elle s’est dit : « Il y a erreur », et elle s’en est retournée. » (E. Thomas-Salignac)

« Si on a beaucoup imité (mal souvent) Fugère, lui n’a imité personne, il est resté lui-même, simplement, sans forfanterie, tout simplement parce qu’il avait quelque chose à dire de son crû, quelque chose qui ne devait rien à quiconque. (Chanoine-Davranches)

Il habitait à Montmartre, mais c’est au cimetière du Père Lachaise qu’il repose, dans la 7ème division.

1) Cette marche sera très souvent reprise par de nombreux artistes dont Enrico Caruso, Lucien Muratore, Toscanini, André Dassary, Armand Mestral, René Bianco, Michel Dens ou Alain Vanzo.
2) Par la suite, Fugère ne chantera plus guère Offenbach, citons néanmoins : Le Violoneux (Père Mathieu) à l’Opéra-Comique en 1901, Monsieur Choufleuri restera chez lui et La Fille du Tambour-major à La Gaîté en 1920 (Monthabor).
3) Article de R. Chanoine-Davranches paru dans le numéro 67 de la revue Lyrica, 1927.
4) Citation de Roger Blanchard et Roland de Candé dans leur livre « Dieux et divas de l’Opéra, de 1820 à 1950 (Plon, 1987).

Paul Fugère

Le frère cadet de Lucien, Paul, né en 1851, se fait d’abord une réputation de comédien très adroit sachant chanter avec goût. Après avoir débuté en 1877 au théâtre du Château-d’Eau dans le drame : Le Drapeau tricolore, Ma P’tiote, Hoche… puis à l’Ambigu dans Le Fils de Porthos, Roger la Honte, La Porteuse de pain, La Policière… Il aborde l’opérette en 1883 aux Menus-Plaisirs dans une reprise des Pommes d’or d’Audran, avec le rôle du Prince Moutonnet.

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Il est ensuite engagé à la Gaîté où il fait preuve d’un talent souple et varié et, tout comme son frère, acquiert la sympathie du public. On le retrouve dans le répertoire courant de ce théâtre dans diverses reprises. En 1892, il est Grenicheux dans Les Cloches de Corneville dotées un nouveau ballet : « La cueillette des pommes ». Mais, en 1896, sa prestation dans le personnage du jeune Lancelot de La Poupée d’Audran ne convainc pas. « Déjà trop bedonnant pour chanter les amoureux, il joua Lancelot en comique et non pas en ténor et dut être bientôt remplacé. Paul Fugère se résigna désormais à jouer les grands premiers comiques, emploi où d’ailleurs il allait recueillir de grands succès. » (Bruyas).

L’année suivante, il joue Larivaudière dans la reprise de La Fille de Madame Angot puis Bridaine dans celle des Mousquetaires au couvent. En 1900, grande reprise de Rip, rôle de Nick et, en 1903, Giroflé-Girofla dans laquelle Fugère joue un Boléro plein de rondeur.

Paul Panurge Planquette 1895
Paul Fugère dans “Panurge” de Planquette

Il est également affiché dans un nombre important de créations : La Fée aux chèvres (Varney, 1890, rôle de Lamidou) ; Le Pays de l’or (Vasseur,1892, Edgard Jolicok) ; Le Talisman (Planquette, 1893) où « il donnait à la perfection la réplique à Mademoiselle Méaly dans le rôle de son fiancé Nicolas, désespéré d’avoir pour rival le Roi lui-même. »(Bruyas) ; Les Bicyclistes en voyage (Carman, 1893, rôle de Maillochon) ;Le 3ème Hussard (Clérice, 1894, rôle du précepteur) ; Panurge (Planquette, 1895, rôle de Cocolati) ; Le Maréchal Chaudron (Lacôme, 1896, rôle de Pigeonnet). En 1897, dans Mam’zelle quat’sous de Planquette (rôle de Borsiche) il obtient le meilleur succès de la soirée avec un air de marche entraînant bissé chaque soir. Citons encore Les sœurs Gaudichard, une opérette éphémère d’Audran (1899, rôle de Boniface) puis Le Capitaine Thérèse (Planquette, 1901, rôle de Duvet) elle aussi donnée sans grand succès.

Après avoir quitté la Gaîté qui, en 1905 et 1906, ne donne plus que des pièces de théâtre, Paul Fugère se produit dans divers théâtres. Notons deux incursions en 1904 au Châtelet, dans l’Oncle d’Amérique (rôle de Boniface), puis dans Monsieur Polichinelle (rôle de Pickwick).

En 1905, nous le retrouvons aux Variétés pour la création de La Petite Bohème, qui sera le plus grand succès d’Hirchmann. « Le vieillissant Paul Fugère y est un Barbemuche plein de rondeur et de bonhomie. Il faut le voir, costumé en reine mère Catherine de Médicis et l’entendre chanter avec conviction « Mes trois fils Valois, tous trois, furent rois ! » (Bruyas). La même année, il paraît dans une reprise de Miss Helyett (Audran, rôle de Smithson) et dans la création de L’âge d’or, une opérette à grand spectacle, la dernière de Varney (rôle d’Henri de Navarre).

Paul la Petite Boheme 1905
Paul Fugère en Catherine de Médicis dans “La Petite Bohème”

Puis, c’est aux Bouffes-Parisiens qu’il se produit, d’abord dans Les Filles Jackson et Cie (Clérice, 1905, rôle de Janicot) suivies d’une reprise des Mousquetaires au couvent (rôle de Bridaine).

Paul Fugère, qui habitait au 1,rue Mansart (à deux pas de la rue Blanche) est décédé en 1920.

Bernard Crétel

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