Le Docteur Ox

Jacques Offenbach (1819-1880)

 

La première représentation du Docteur Ox a eu lieu au théâtre des Variétés le 26 janvier 1877, c’est-à-dire moins de quatre années avant la disparition de Jacques Offenbach. Au cours des répétitions, les problèmes se multiplient : difficultés techniques dues à l’importance de la mise en scène, différent entre le compositeur et le directeur Bertrand qui s’impatiente du retard pris, disponibilité insuffisante des interprètes, modification de la structure de l’ouvrage qui passe de quatre à six tableaux… La création a enfin lieu.

On lit dans Les annales du Théâtre et de la Musique de Noël et Stoullig (année 1877) :
« Le Docteur Ox était merveilleusement monté ; les décors étaient du plus bel effet scénique, et les costumes dessinés, en grande partie par Grévin, faisaient honneur au crayon original de l’artiste. La mise en scène était on ne peut plus soignée. À cela est-il besoin d’ajouter que la troupe des Variétés enlevait avec son entrain ordinaire ces trois actes remplis de surprises
Malgré tant de circonstances réunies, le résultat fut loin de répondre aux espérances qu’auteurs et directeur avaient fondées sur cette pièce. Les premières représentations furent brillantes, il est vrai, et ne laissaient prévoir le revirement qui devait s’opérer bientôt. Les recettes tombèrent rapidement à un chiffre inadmissible en présence des frais quotidiens. L’administration n’hésita pas alors et coupa court à la marche languissante du Docteur Ox… » et La Périchole remplaça Le Docteur Ox sur la scène des Variétés dès le 7 mars 1877.

Robert Pourvoyeur évoque Le docteur Ox dans « Opérette n°130 » :
« Ce qui fut vraiment inattendu, ce fut le nombre très réduit de représentations qui suivirent la première du Docteur Ox d’Offenbach (1877) issu de la première collaboration de Verne avec le compositeur, tant à Paris, qu’ensuite à Vienne. Une partition chant et piano fut néanmoins gravée et il existe aussi une traduction en espagnol du livret, sous forme de zarzuela. Mais il semble qu’il n’y eut pas de vraie reprise d’Ox en français jusqu’à la 2° guerre mondiale. »

Tout le répertoire d’Offenbach, musicien juif, fut interdit par les nazis, Le Docteur Ox compris. Après 1944, son immense production ne connut qu’une lente reprise, des grands titres d’abord. Côté Verne, à partir des années 1950, de nouveaux mouvements littéraires, de nature philosophique et/ ou psychanalytique, découvrent un écrivain très différent de sa réputation. Lors de ces « fouilles » aussi vastes que révélatrices, des originaux se souviennent de la rencontre insolite entre le musicien et le romancier, mais c’est l’O.R.T.F. qui, comme si souvent, a exhumé Le Docteur Ox de ses cartons.

Dans les années 70, il y eut divers projets en France et des représentations en Allemagne (à l’Est d’abord, à l’Ouest ensuite en 1978 et 1997). Citons une reprise à Paris : fin 1997 et mars 1998, par des amateurs (Les Tréteaux lyriques) et une tentative à Arras, substituant au texte du livret le texte de Verne, pas très convaincante, car l’orchestre était remplacé par des synthétiseurs ! Les versions allemandes s’écartaient de la partition et la mise en scène avait inutilement modifié le livret.

Pourquoi ces insuccès du Docteur Ox, jusqu’à la production de l’Athénée en décembre 2003 ?

L’argument

Acte I

À Quinquendone, petite ville flamande vivant au ralenti, s’est établi le savant danois Ox et son assistant Ygène. Son laboratoire, situé dans une tour, est une véritable usine à gaz où prônent alambics et réservoirs. Le docteur a inventé un gaz capable, selon lui, de doubler les forces vitales des individus. Ainsi, sous certaines conditions (en utilisant le mot de passe Thésaurochrysonicochryidès et un «modérateur»), il lui est possible de répandre le gaz dans la ville. Pour l’heure, Ox est promis à Suzel, la fille du bourgmestre Van Tricasse. L’arrivée de la bohémienne Prascovia (en réalité princesse caucasienne), qui a été sa fiancée mais qu’il a sacrifié à la science, perturbe les travaux d’Ox. Il réussit toutefois à tester les effets de son invention tandis que Prascovia est plus que jamais décidée à l’épouser.

Acte II

Les bohémiens, compagnons de Prascovia, décident d’enlever Ox et de s’emparer de la clé du modérateur détenue par Van Tricasse. Pour ce faire, la jeune femme se fait engager chez le bourgmestre. Par malchance, c’est un « grand personnage » de la ville voisine, Virgamen, qui est kidnappé.
Jour de kermesse à Quinquendone. Le gaz fait son effet. On danse avec entrain et on flirte gaiement à travers la ville. Prascovia réussit à subtiliser la clé à Ygène en lui faisant du charme.

Acte III

Du haut de sa tour – l’altitude lui permet d’échapper aux effets du gaz -, Ox observe les résultats de son expérience. Prascovia le rejoint et, réussissant à le faire descendre d’un étage, lui fait avouer le mot de passe. L’excitation est à son comble. On en est à déclarer la guerre à la ville de Virgamen. La clef disparaît au fond d’un puits. Heureusement, l’usine explose et les effets du gaz se dissipent. Le calme est de retour. Embrassades générales. Ox et Prascovia vont enfin s’épouser.

La partition

Acte I : Ensemble « Laissons-nous vivre doucement » ; Ensemble « Le thé bout » ; M et Mme Van Tricasse « Vous avez deux Van Tricasse » ; Prascovia « Sur la rive où l’oiseau chante » (légende) ; Chœur « Mais pourquoi court-il ainsi ? » et couplets (Ox, Ygène) avec chœurs « Je suis ému par vos souhaits »  ; Marche Prascovia et ensemble « Pour l’enfant de Bohème » ; Grand ensemble : « Nous venons au nom de la ville » ; chanson de Prascovia « Tout s’éveille dans la nature » et final I.

Acte II : Chœur des marchands et marchandes « Chalands et chalandes » et ensemble ; Chanson de Koukouma (avec chœurs) « A nous joie et bombance » ; Sérénade à Suzel (Ox) « Sous votre fenêtre » ; Duo Ox- Prascovia « Changeons de langage » ; Chœur et ensemble « C’est la kermesse » ; Couplets de Prascovia « Accourez, les amoureux » et chœurs ; Chœur « C’est vraiment étonnant »  ; Chœur « A nous les ivresses folles » et ensemble (final II).

Acte III : Duo Prascovia- Ox « Non, plus un mot, une phrase »  ; Chœur « Avancez !… arrêtez !… »  ; Ensemble « Quel dîner, quelle fête » ; Couplets de Suzel « En vain, à chacun je demande »  ; Chœur « En avant » ; Final III.

Fiche technique

Le Docteur Ox
Opéra bouffe en 3 actes et 6 tableaux de Philippe Gille et Arnold Mortier, tiré du roman de Jules Verne. Musique de Jacques Offenbach. Création à Paris, théâtre des Variétés, le 26 janvier 1877. Avec :
Anna Judic (Prascovia), Dupuis (Docteur Ox), Pradeau (Van Tricasse), Léonce (Ygène), Baron (Niklausse), Emmanuel (Koukouma), Guyon (Josse), Cooper (Frantz), Anna Judic (Prascovia), A. Duval (Mme Van Tricasse), Mme Baumaine (Suzel).
Editions Choudens

— Discographie

Il n’existe pas d’enregistrement discographique du Docteur Ox.

L’ex-ORTF a diffusé des extraits de cette œuvre lors d’une émission en 1955, à l’occasion du 50° anniversaire de la mort de Jules Verne ; à ce jour, elle n’a pas été exploitée commercialement.

Un DVD est paru en 2003, enregistré lors des représentations de la production des « Brigands », au théâtre de l’Athénée; avec Emmanuelle Goizé, Christophe Crapez, Aurélie Legay, Sarah Jouffroy, Edwige Parat, Karine Godefroy, Christophe Grapperon. Orch. Benjamin Lévy ; mise en scène, Stephan Druet
Tourbillon TRB001 (1 DVD) [distribution Abeille Musique].

Références

Vous retrouverez Le Docteur Ox dans « Opérette » n° 106, 129, 130 & 149. Si l’un de ces articles vous intéresse, vous pouvez le consulter en allant sur notre page « Revue “Opérette” »

Dernière modification: 27/02/2024

Imprimer
Cookies
Nous utilisons des cookies. Vous pouvez configurer ou refuser les cookies dans votre navigateur. Vous pouvez aussi accepter tous les cookies en cliquant sur le bouton « Accepter tous les cookies ». Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre Politique de confidentialité et des cookies.