La Fille de Madame Angot

La Fille de Madame Angot

Charles Lecocq (1832-1918)

 

C’est à l’époque de la Régence, que ce patronyme de Madame Angot a été attribué, on ne sait trop pourquoi, au personnage de la femme du peuple subitement enrichie et évoluant dans le beau monde avec ses manières et son langage vulgaire. Par certains côtés, le Directoire était le règne de la pagaille, des spéculateurs et du marché noir. C’est à ce moment que Madame Angot fit son apparition sur les planches où une bonne dizaine de pièces racontèrent ses aventures imaginaires. Des romanciers s’intéressèrent au personnage à qui ils attribuèrent mari, fille, et d’étranges aventures chez les Barbaresques. Le souvenir de Madame Angot ne serait peut-être pas parvenu jusqu’à nous sans Lecocq et ses collaborateurs, qui lui permirent de connaître une renommée mondiale.

Si Madame Angot, et qui plus est Clairette Angot, sont des personnages imaginaires, Mademoiselle Lange et Ange Pitou ont réellement existé.
Mlle Anne Lange est née en 1772. Actrice à la Comédie Française, elle fut arrêtée en 1793 avec ses camarades pour avoir joué une pièce révolutionnaire. Ses relations lui permirent de recouvrer la liberté. Elle entra au Théâtre Feydeau et mena grand train sous le Directoire. Il est peu probable qu’elle ait eu une liaison avec Barras. En 1798, Jean Simons, un riche carrossier Bruxellois reconnaît son enfant et l’épouse. Elle abandonne le théâtre et meurt à Florence en 1826.
Ange Pitou est né à Châteaudun en 1767. Ancien séminariste, devenu chansonnier royaliste, il fut plusieurs fois arrêté sous la Terreur, mais échappa à chaque fois à la guillotine. Le Directoire le déporta à Cayenne. Il fut gracié par le Premier Consul Bonaparte, chichement pensionné par les Bourbons après la Restauration. Il devait vivre jusqu’en 1842.

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On pense généralement que c’est Humbert, le directeur des Folies-Parisiennes de Bruxelles, qui suggéra aux librettistes et à Lecocq de situer l’intrigue de l’ouvrage qu’ils préparaient pour son théâtre sous le Directoire. Idée originale car jamais cette époque n’avait été traitée en opéra-comique. Deux personnages historiques, Mademoiselle Lange et Ange Pitou entouraient les héros imaginaires parmi lesquels la légendaire Madame Angot ou plutôt sa fille Clairette.
Aussi bien à Bruxelles qu’à Paris quelques semaines plus tard, La Fille de Madame Angot reçut un accueil triomphal. À Paris, elle fut jouée 411 représentations consécutives, avec un succès qui rappelait celui des grandes opérettes d’Offenbach. Le mérite en revenait surtout à Lecocq et à ses librettistes car l’interprétation était tout au plus convenable. Mendasti était un Pitou sans éclat, Dupin un Pomponnet vocalement insuffisant, Luco un Larivaudière sans verve. Heureusement, Paola Marié était une Clairette mutine et pleine d’entrain. Marie Desclauzas, tout comme à Bruxelles, une Mlle Lange remarquable. La mise en scène faisait honneur au sens de l’économie du directeur Cantin.

Dès l’année de sa création parisienne l’ouvrage était chanté dans 103 villes de province. L’étranger ne tarda pas à l’adopter… Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, La Fille de Madame Angot a été régulièrement reprise à Paris. L’Histoire a retenu la représentation exceptionnelle donnée le 28 décembre 1918 à l’Opéra-Comique au bénéfice des œuvres de guerre. Une distribution éblouissante réunissait Edmée Favart (Clairette), Marthe Chenal (Lange), Marthe Davelli (rôle de Pomponnet joué par un travesti), Fernand Francell (Pitou), Félix Huguenet (Larivaudière), Maurice Renaud (Louchard), Dranem (Buteux), Max Dearly (Trénitz). Orchestre sous la direction de Reynaldo Hahn.

L’année suivante, l’ouvrage fut officiellement inscrit au répertoire de la salle Favart. Après la guerre, l’Opéra Comique le repris à plusieurs reprises. La dernière série de représentation a eu lieu au théâtre du Châtelet en 1984. Heureusement, La Fille de Madame Angot s’est maintenue au répertoire des théâtres de province.

L’intrigue

Acte I : Sous le Directoire, la France respire à nouveau, après les massacres à la guillotine de la Terreur. Clairette Angot, orpheline de la célèbre mère Angot, des Halles de Paris, a été élevée dans un pensionnat chic, aux frais des marchands des Halles. On lui a trouvé un mari, le coiffeur Pomponnet, mais elle préférerait de beaucoup le chanteur des rues Ange Pitou, un royaliste qui fait des chansons contre la République. Pour empêcher son mariage, Clairette chante une chanson défendue, et obtient ainsi d’être envoyée en prison.

Acte II : La chanson était dirigée contre Mlle Lange, une actrice qui est à la fois la favorite du Directeur Barras et la bonne amie du banquier Larivaudière. Cela ne l’empêche pas de conspirer, elle aussi, et de protéger secrètement Ange Pitou, sans qu’il s’en doute. Elle fait venir Clairette, pour savoir qui chante contre elle. À leur grand plaisir, les deux femmes se reconnaissent : elles étaient amies de pension. Lange convoque aussi Ange Pitou, qu’elle aime, sans savoir qu’il est en fait l’amoureux de Clairette. Elle flirte avec lui. Le soir, les conspirateurs se réunissent chez Lange, mais de soupçonneux soldats républicains encerclent l’hôtel. Il ne reste plus à Lange qu’à simuler un bal de noces, avec Pitou et Clairette en fiancés. Mais Clairette découvre le double jeu de Pitou.

Acte III : Pour se venger, elle fait venir toute la Halle dans un bal populaire, où elle convoque Lange et Pitou en leur écrivant une fausse lettre, sous les noms respectifs de Pitou et de Lange. Le pot aux roses se découvre, Pitou et Lange sont démasqués : fureur de Larivaudière, embarras de Lange et de Pitou. Mais les choses s’arrangent : Larivaudière doit ménager Barras, Clairette, entre le volage Pitou et le brave Pomponnet, se décide en faveur de ce dernier. Mais Pitou espère bien, qu’un jour, « elle fera comme sa mère ».

(Argument de Robert Pourvoyeur, Opérette n°107)

La partition

Acte I
Ouverture ; Chœur « Bras dessus, bras dessous » ; couplets de Pomponnet ; Entrée de la mariée et romance de Clairette ; « Marchande de marée » (Amaranthe, chœurs) ; Rondeau « Certainement j’aimais Clairette » (Pitou) ; Duo « Pour être fort on se rassemble » (Pitou et Clairette) ; Duo bouffe (Pitou et Larivaudière) ; Chœur, chanson politique (Clairette) et final I

Acte II
Entracte (orchestre) et chœur des Merveilleuses ; Couplets « Les soldats d’Augereau » (Lange et chœur) ; Romance « Elle est tellement innocente (Pomponnet) ; Duo « Jours fortunés de notre enfance » Clairette, Lange) ; Duettino « Voyons, Monsieur, raisonnons politique » (Lange et Pitou) ; Quintette (Clairette, Lange, Pitou, Larivaudière, Louchard); Chœur des conspirateurs, scène, valse « Tournez, tournez » et final II

Acte III
Entracte, fricassée (orchestre) ; Chœur et couplets « Place sur mon passage » (Amaranthe, Cadet) ; Divertissement-ballet : allegro vivo, gavotte, pantomime, ensemble ; Duo des deux Forts (Pomponnet, Larivaudière) ; Trio « Je trouve mon futur charmant » (Clairette, Pomponnet, Larivaudière); Duo des lettres (Lange et Pitou), couplets de la dispute (Clairette et Lange) et final III.

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Fiche technique

La Fille de Madame Angot
Opéra-comique en 3 actes de Louis Clairville, Victor Koning et Paul Siraudin, musique de Charles Lecocq. Création à Bruxelles, théâtre des Fantaisies-Parisiennes, le 4 décembre 1872 et à Paris, théâtre des Folies Dramatiques, le 21 février 1873. Avec :
– à Bruxelles : Pauline Luigini (Clairette), Desclauzas (Mlle Lange), Delorme (Amaranthe), Mario Widmer (Pitou), Jolly (Pomponnet), Carlier/ Chambéry (Larivaudière), Touzé (Trénitz), Ernotte (Louchard).
– à Paris : Paola Marié (Clairette), Desclauzas (Lange), Toudouze (Amaranthe), Mendasti (Pitou), Dupin (Pomponnet), Luco (Larivaudière), Haymé (Trénitz), Legrain (Louchard).
Editions Chappell

Discographie

Intégrales

Mady Mesplé, Christiane Stutzmann, Bernard Sinclair, Charles Burles. Orch. Jean Doussard
EMI C 161 12500/1 ( 2 disques)

Colette Riedinger, Suzanne Lafaye, Gabriel Bacquier, Bernard Alvi. Orch. Richard Blareau
Carrère 67 696, (2 disques)

Sélections

Claudine Collart, Lyne Cumia, Henri Legay, Robert Lilty. Orch. Jésus Etcheverry
Philips P 77 113

Paulette Merval, Jane Berbié, Marcel Merkès, Albert Voli. Orch. Jacques Métehen
CBS 88 313

Lina Dachary, Solange Michel, Michel Dens, Joseph Peyron. Orch. Jules Gressier
EMI 1 C 057 12085

Liliane Berton, Suzanne Auret, Rémy Corazza, Emile Peters. Orch. André Gallois
GID SMS 2200

Michèle Herbé, Christiane Gruselle, Michel Trempont. Orch. Robert Blesser
Médiadiffusion Aria 330 763 (1 face), Au verso : La Belle Hélène

Claudine Granger, Lionel Lhote. Orch. Christian Lalune
Sélection du Reader’s Digest CD 3159.2 (3 CD) (+ Les Cloches de Corneville [Planquette] + La Mascotte [Audran]) 

Références

Vous retrouverez La Fille de Madame Angot dans « Opérette » n° 24, 54, 89, 90, 105, 107, 108, 127, 162, 173, 175,  185, 191, 196, 200 & 207. Si l’un de ces articles vous intéresse, vous pouvez le consulter en allant sur notre page « Revue “Opérette” »

 Dernière modification: 27/02/2024

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