La Caravelle d’or

La Caravelle d’or

Francis Lopez (1916-1995)

 

En 1966, Marcel Lamy succède à Maurice Lehmann à la tête du Châtelet. D’entrée, il monte un luxueux spectacle, Le Prince de Madrid, dont la carrière se prolonge pendant 554 représentations à partir du 4 mars 1967. Un beau succès pour cet ouvrage emmené par Luis Mariano, entouré d’une brillante distribution comprenant notamment Janine Ervil, Maria Murano, Eliane Varon, Maurice Baquet et Lucien Lupi. Déjà, l’entourage du ténor commençait à s’inquiéter de son état de santé. Pourtant, la série terminée, Luis entreprend une tournée du Chanteur de Mexico et du Prince de Madrid. Une santé de plus en plus préoccupante ne l’empêche pas de garder une activité importante consacrée à des tours de chant, à de nouvelles représentations du Chanteur au Canada…

Le voici de retour au Châtelet pour une nouvelle création, La Caravelle d’Or. Dès le début des répétitions on se rend compte que Mariano n’est plus le même. Il est amaigri et triste, se tenant, contrairement à ses habitudes à l’écart de ses compagnons de route. Sitôt le travail achevé, il rentre chez lui se reposer… Luis Mariano abordait donc cette création dans de mauvaises conditions. Bien sûr, on peut supposer qu’il ne se rendait pas compte de la gravité de son état et que pour lui « demain serait un autre jour ». Mais son entourage, le directeur du Châtelet, les médecins ? Il serait tout de même étonnant que ces derniers n’aient pas été en mesure d’établir un diagnostic fiable et, s’ils ne voulaient pas inquiéter outre mesure le ténor, du moins lui conseiller de prendre quelque repos.
De même, Marcel Lamy devait être au courant de la fatigue de Mariano bien avant le début des répétitions. Lui, qui avait la responsabilité de faire vivre plus de 200 personnes, n’aurait-il pas dû reporter les représentations de quelques semaines, pour permettre éventuellement à Mariano de récupérer ? Je ne suis pas certain que Maurice Lehmann ou Henri Varna, auraient géré cette situation de la même manière. D’autant que le théâtre pouvait toujours, en attendant, prolonger les représentations de L’Auberge du Cheval Blanc alors à l’affiche ou proposer Valses de Vienne, que le théâtre avait toujours en réserve.

Quoi qu’il en soit, la création a lieu le 19 décembre 1969. Rudy Hirigoyen raconte, qu’assistant à la première en compagnie d’Henri Genès, il avait été catastrophé par l’aspect de Mariano très amaigri et triste, en ajoutant “Ce n’était plus sa voix”. Sa santé ne s’améliorant pas, le ténor dut bientôt se faire remplacer de plus en plus souvent et abandonna définitivement son rôle à sa doublure Juan Pereniguez le 10 mai 1970. Celui-ci termina, après les vacances, la série de représentations qui s’achevèrent en novembre 1970.

Le spectacle lui-même réunissait une distribution de haut niveau : Danièle Castaing, Franca Duval, Marina Hotine, Maurice Baquet, Jacques Doucet, Jean-Louis Simon. La Caravelle d’Or n’est sans doute pas le chef d’œuvre de Francis Lopez, même si quelques airs comme “Soleil”, “La Caravelle d’or” ou “Bandeirante” ne manquent pas d’intérêt.

La critique fut assez mitigée. “Qu’est devenu le Mariano des grands soirs ?” (L’Aurore) donne le ton. Quant au livret, pour Joëlle Montserrat (1), “… le principal problème tient au décalage perpétuel entre le drame historique assez poignant et cette musique volontairement allègre, qui n’a pas su trouver la noblesse de ton nécessaire pour traiter pareil sujet…”

L’argument

En 1666, Louis XIV décide de donner en mariage sa cousine Marie-Françoise de Nemours à Alphonse VI, roi du Portugal. Ce dernier personnage, fort peu fréquentable, voit cette union comme un acte politique, renforçant son alliance avec la France contre leur ennemi commun l’Espagne. C’est son frère cadet, Don Pedro de Bragance, qui est chargé d’aller à Versailles chercher la future épouse. Ce dernier, au contraire du Roi, est sympathique et aimé du peuple. Au cours du voyage naît, entre Don Pedro et Marie-Françoise, une tendre amitié qui se transforme vite en amour…

Pendant le bal, organisé pour ses noces, la jeune mariée se rend compte de la véritable personnalité d’Alphonse, grand amateur de cabarets et de filles de joie. Il passe d’ailleurs sa nuit de noces avec la gitane Yara… Marie-Françoise se réfugie alors auprès de Pedro. Ce dernier s’oppose ouvertement aux exactions de son frère… Déclaré rebelle, il est pourchassé et s’exile au Brésil. Au Portugal, la révolte gronde contre Alphonse, mal conseillé par Yara. Marie-Françoise songe toujours à son prince charmant… Revenu secrètement, Don Pedro prend la tête des conjurés ; les troupes royales sont battues et le roi est destitué. Pedro retrouve sa bien-aimée et devient roi du Portugal. Il pourra même l’épouser, l’église ayant déclaré nul le mariage qui n’avait pas été consommé.

La partition

Ouverture ; “Soleil” (Bragance) ; “Je serai Reine” (Yara) ; “La Caravelle d’Or” (Bragance et Marie-Françoise) ; “Cette nuit je veux chanter” (Alphonse VI) ; “Un vrai mariage d’amour” (Marie-Françoise) ; “Lisbonne”(Bragance) ; “Bandeirantes” (Bragance) ; “De la haine à l’amour” (Yara) ; “Le truc” (Guillot, Vasco, Toinette) ; “Une valse dans la nuit” (Bragance) ; “Pour les gueux et pour le roi” (Bragance, Yara, Alphonse VI, Marie Françoise) ; “Où est-tu mon amour?” (Marie-Françoise) ; “Le mal aimé” (Alphonse VI) ; “Marianinha” (Bragance) ; final.

Fiche technique

La Caravelle d’or
Opérette à grand spectacle en 2 actes et 38 tableaux ; musique de Francis Lopez ; livret de Jean Valmy ; lyrics de Jacques Plante ; arrangements musicaux, chœurs du Châtelet et orchestre, direction Bernard Gérard. Avec :
Luis Mariano (Duc de Bragance), Franca Duval (Yara la Gitane), Danielle Castaing (Marie-Françoise de Nemours), Jacques Doucet (Alphonse VI), Maurice Baquet (Guillot l’Anguille), Jean-Louis Simon (Vasco de Ribeira), Marina Hotine (Toinette) ;

Discographie

Luis Mariano, Franca Duval, Danielle Castaing, Marina Hotine, Jacques Doucet, Maurice Baquet, Jean-Louis Simon. Dir. Jean-Louis Simon
Sélection Emi 33T 30cm C064 10671. Cet enregistrement n’a pas été repris sur CD

Références

Vous retrouverez La Caravelle d’or dans « Opérette » n° 95 & 155. Si l’un de ces articles vous intéresse, vous pouvez le consulter en allant sur notre page “Anciens numéros”

Dernière modification: 06/03/2024

Imprimer
Cookies
Nous utilisons des cookies. Vous pouvez configurer ou refuser les cookies dans votre navigateur. Vous pouvez aussi accepter tous les cookies en cliquant sur le bouton « Accepter tous les cookies ». Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre Politique de confidentialité et des cookies.