Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871)

Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871)

Daniel-François-Esprit Auber est né le 29 janvier 1782, à Caen, d’un père “officier des chasses du roi”. Il n’est donc pas issu d’un milieu de musiciens, mais les arts sont à l’honneur chez les Auber, surtout la peinture. La naissance à Caen est due au hasard d’un voyage de sa famille, toute parisienne, à l’époque.

Destiné au commerce, le jeune homme est envoyé en Angleterre en 1802, pour y apprendre l’anglais. Mais la reprise des hostilités le ramène en France. Il en rapporte ce flegme britannique, ce soin à cacher le travailleur pour ne laisser voir que le gentleman, qui le caractérisera toute sa vie alors que pour la musique, on ne pourrait pas être plus français que lui !

Il commence sa carrière en dilettante, son père ayant pu redresser sa fortune, compromise par ses fonctions auprès du roi, en se faisant éditeur et en ouvrant un cabinet d’estampes très prospère. Pendant des années, il compose à l’aise de la musique de chambre, un petit opéra-comique, L’Erreur d’un moment, pour une société d’amateurs, et même pour le prince de Chimay (Belgique) un opéra-comique en trois actes, (Jean de) Couvin – Couvin est une autre localité belge -. Enhardi par ce succès et bénéficiant de la protection de Bouilly, il met en musique un acte de ce dernier, Le Séjour Militaire, joué à l’Opéra-Comique en 1813. Succès d’estime pour cet ouvrage ainsi que pour un deuxième essai, Le Testament et les Billets doux (1819).

Mais sur ces entrefaites, le père d’Auber, ruiné, meurt et son fils, de dilettante qu’il est et qui écrit en amateur des pastiches de Mozart, doit désormais vivre ou essayer de vivre de sa musique.

En 1820, c’est La Bergère châtelaine où Auber se dégage des banalités conventionnelles, pour développer une individualité, des coupes nouvelles, des mélodies originales. Pourtant le sujet de La Bergère n’est guère original, lui : la musique n’en a que plus de mérite…

En 1821 avec Emma dont le livret est meilleur, Auber remporte un véritable succès, tant à Paris qu’en province.

En même temps, il fait la connaissance de la musique de Rossini, sous l’influence duquel il va renoncer à sa froideur et à sa correction gourmée, pour adopter cette allure libre, élégante, décidée et pleine d’entrain (Auber, dont on a dit qu’il “faisait danser les chaises” !) qui fera tout son charme et son succès.

Par ailleurs, un heureux hasard le met en contact avec Eugène Scribe, le plus important librettiste du siècle et auteur du texte d’une série d’opéras très célèbres. Ils s’entendent à merveille et se complètent parfaitement.

À partir de ce moment, la voie d’Auber est désormais tracée. Il écrira au total 48 pièces dramatiques, opéras et opéras-comiques, composés avec une régularité de métronome, à raison d’un ou deux par an, pour deux théâtres essentiellement. Avec cette production, outre Paris qui est à ses pieds, à de rarissimes échecs près, il conquiert l’Europe entière. On le jouera partout, jusque bien après sa mort. Il sera un des plus prolifiques auteurs lyriques de ce XIXe siècle qui en compta tant et si toutes ses partitions ne sont pas d’égale valeur, la liste contient de véritables chefs d’œuvre, pour la plupart injustement oubliés à notre époque.

Sans doute, n’a-t-il rien eu d’un novateur à la Berlioz ou à la Wagner. Son long passage à la Direction du Conservatoire de Paris n’a laissé que des traces négligeables. Mais il a été l’homme de la musique franche, directe, simple, élégante, discrète. Ses opéras-comiques sont incontestablement meilleurs que ses opéras, parce que plus adaptés à sa muse souriante, détestant le bruit, le fracas et les éclats, comme les paroxysmes dramatiques. Il n’empêche qu’avec La Muette de Portici, lui et Scribe ont créé le prototype du “Grand Opéra” que la France devait favoriser pendant une large partie du XIXe siècle et exporter à l’étranger. Sans Auber (et Meyerbeer) il n’y aurait pas eu Wagner et cette Muette s’écoute encore toujours avec intérêt, même si cette audition ne susciterait plus, comme en septembre 1830, des mouvements populaires, occasion un peu lointaine mais réelle d’une manifestation de sentiments insurrectionnels, mettant en route la révolution belge de 1830 et la naissance de l’Etat belge.

Pour finir, peut-être pourrait-on signaler tout particulièrement les mérites des partitions suivantes qui nous paraissent dépasser les autres en qualité. Arrêtée aux environs de la première guerre mondiale, et empruntée à Charles Malherbe, voici la statistique du nombre de leurs représentations, ce qui n’est pas un critère absolu, mais permet de se faire une idée quantitative du succès de ces œuvres :

. Le Domino Noir (1209 représentations)
. Fra Diavolo (909)
. Le Maçon (525)
. La Muette de Portici (505)
. Haydée (498)
. L’Ambassadrice (417)
. Les Diamants de la Couronne (379).
Pour faire bonne mesure ajoutons peut-être Le Cheval de Bronze, Gustave III (repris par Verdi pour son Ballo in maschera), et Le Premier jour de Bonheur.

Auber est mort à Paris, le 12 mai 1871.

Résumé d’un article de Robert Pourvoyeur

— Références
Vous retrouverez Daniel-François-Esprit Auber dans “Opérette” 56, 97, 113 & 141. Si l’un de ces articles vous intéresse, vous pouvez le consulter en allant sur notre page “Anciens numéros”

— Œuvres lyriques
Légende : oc = opéra comique, d lyr = drame lyrique, prolog = prologue, o = opéra, o ball = opéra-ballet
Le chiffre indique le nombre d’actes.

Création Titre Auteurs Nature Lieu de la création
1805 Erreur d’un moment (L’) Boutet de Monvel (Jacques) oc 1 Paris, Doyen (salle) par des amateurs
1811 Julie [nouv. vers. de L’erreur d’un moment] Boutet de Monvel (Jacques) oc PBelgique, Château de Chimay
1812
sept
Jean de Couvin Lemercier (Népomucène) oc 3 Belgique, Château de Chimay
1813
27 fév
Séjour militaire (Le) Bouilly (Jean Nicolas), Mercier-Dupaty (Emmanuel) oc 1 Paris, Opéra-Comique (Feydeau)
1819
18 sept
Testament et les billets doux (Le) Planard (François Antoine de) oc 1 Paris, Opéra-Comique (Feydeau)
1820
27 janv
Bergère châtelaine (La) Planard (François Antoine de) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Feydeau)
1821
7 juil
Emma ou La Promesse imprudente Planard (François Antoine de) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Feydeau)
1823
25 janv
Leicester ou Le château de Kenilworth Scribe (Eugène), Duveyrier (Anne Honoré, dit Mélesville) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Feydeau)
1823
9 oct
Neige (La) ou Le nouvel Eginard Scribe (Eugène), Delavigne (Germain) oc 4 Paris, Opéra-Comique (Feydeau)
1823
5 déc
Vendôme en Espagne [1] Mennechet (Edouard), Empis (Adolphe) d lyr 1 Paris, Opéra (Le Peletier)
1824
27 avr
Trois genres (Les) [2] Scribe (Eugène),Pichat (M.), Mercier-Dupaty (Emmanuel) prolog 1 Paris, Odéon
1824
3 juin
Concert à la Cour (Le) ou La Débutante Scribe (Eugène), Duveyrier (Anne Honoré, dit Mélesville) oc 1 Paris, Opéra-Comique (Feydeau)
1824
4 nov
Léocadie Scribe (Eugène), Duveyrier (Anne Honoré, dit Mélesville) d lyr 3 Paris, Opéra-Comique (Feydeau)
1825
3 mai
Maçon (Le) Scribe (Eugène), Delavigne (Germain) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Feydeau)
1826
2 juin
Timide (Le) ou Le nouveau séducteur Scribe (Eugène), Saintine (Xavier Boniface) oc 1 Paris, Opéra-Comique (Feydeau)
1826
28 nov
Fiorella Scribe (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Feydeau)
1828
29 fév
Muette de Portici (La) Scribe (Eugène), Delavigne (Germain) o 5 Paris, Opéra (Le Peletier)
1829
10 janv
Fiancée (La) Scribe (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Feydeau)
1830
28 janv
Fra Diavolo ou L’Hôtellerie de Terracine Scribe (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Ventadour)
1830
13 oct
Dieu et la Bayadère (Le) ou La courtisane amoureuse Scribe (Eugène) o ball 2 Paris, Opéra (Le Peletier)
1831
20 juin
Philtre (Le) Scribe (Eugène) o 2 Paris, Opéra (Le Peletier)
1831
31 oct
Marquise de Brinvilliers (La) [3] Scribe (Eugène), Castil-Blaze (François Henri) d lyr 3 Paris, Opéra-Comique (Ventadour)
1832
1° oct
Serment (Le) ou Les faux monnayeurs Scribe (Eugène), Mazères (Edouard) oc 3 Paris, Opéra (Le Peletier)
1833
27 fév
Gustave III ou Le bal masqué Scribe (Eugène) o 5 Paris, Opéra (Le Peletier)
1834
24 mai
Lestocq ou Le retour de Sibérie Scribe (Eugène) oc 4 Paris, Opéra-Comique (Nouveautés)
1835
23 mars
Cheval de Bronze (Le)
[1° vers.]
Scribe (Eugène) o 3 Paris, Opéra-Comique (Nouveautés)
2° vers.: Paris 1857
1836
23 janv
Actéon Scribe (Eugène) oc 1 Paris, Opéra-Comique (Nouveautés)
1836
9 avr
Chaperons blancs (Les) Scribe (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Nouveautés)
1836
21 déc
Ambassadrice (L’) Scribe (Eugène), Saint-Georges (Jules Vernoy de) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Nouveautés)
1837
2 déc
Domino noir (Le) Scribe (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Nouveautés)
1839
1° avr
Lac aux fées (Le) Scribe (Eugène), Duveyrier (Anne Honoré, dit Mélesville) o 5 Paris, Opéra (Le Peletier)
1840
18 mai
Zanetta ou Il ne faut pas jouer avec le feu Scribe (Eugène), Saint-Georges (Jules Vernoy de) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Favart)
1841
6 mars
Diamants de la Couronne (Les) Scribe (Eugène), Saint-Georges (Jules Vernoy de) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Favart)
1842
4 fév
Duc d’Olonne (Le) Scribe (Eugène), Saintine (Xavier Boniface) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Favart)
1843
16 janv
Part du diable (La) Scribe (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Favart)
1844
26 mars
Sirène (La) Scribe (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Favart)
1845
22 avr
Barcarolle (La) ou L’Amour et la Musique Scribe (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Favart)
1847
15 nov
Premiers pas (Les) ou Les deux génies [4] Royer (Alphonse), Vaëz (Gustave) [= Nieuwenhuysen (Gustave van)] oc 1 Paris, Opéra-National
1847
28 déc
Haydée ou Le Secret Scribe (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Favart)
1850
6 déc
Enfant prodigue (L’) Scribe (Eugène) o 5 Paris, Opéra (Le Peletier)
1851
16 mai
Zerline ou La corbeille d’oranges Scribe (Eugène) o 3 Paris, Opéra (Le Peletier)
1852
27 déc
Marco Spada Scribe (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Favart)
1855
2 juin
Jenny Bell Scribe (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Favart)
1856
23 fév
Manon Lescaut Scribe (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Favart)
1857
21 sept
Cheval de Bronze (Le)
[2° vers.]
Scribe (Eugène) o 4 Paris, Opéra (Le Peletier)
1° vers.: Paris 1835
1861
2 fév
Circassienne (La) Scribe (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Favart)
1864
11 janv
Fiancée du Roi de Garbe (La) Scribe (Eugène), Saint-Georges (Jules Vernoy de) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Favart)
1868
15 fév
Premier jour de bonheur (Le) Ennery (Adolphe d’), Cormon (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Favart)
1869
20 déc
Rêve d’amour Ennery (Adolphe d’), Cormon (Eugène) oc 3 Paris, Opéra-Comique (Favart)

[1] avec Hérold (Louis Ferdinand)
[2] avec Boieldieu (François-Adrien)
[3] avec Batton (Désiré-Alexandre), Berton (Henri-Montan), Blangini (Giuseppe Marco Maria Felice), Boieldieu (François-Adrien), Carafa (Michele), Cherubini (Luigi), Hérold (Louis-Ferdinand), Paër(Ferdinando)
[4] avec Adam (Adolphe), Halévy (Jacques Fromental Elie), Carafa (Michele)

Dernière modification: 29/02/2024

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