Chicago, au Casino de Paris
vendredi 5 décembre 2025

Chicago, au Casino de Paris

© Cyril Bruneau

Lisa Lanteri et Vanessa Cailhol cassent la baraque dans Chicago !

« Keep it hot ! », comme le chantent, pour prendre congé de leur public, Velma Kelly et Roxie Hart, les deux protagonistes principales du chef d’œuvre de John Kander et Fred Ebb, Chicago. Au Casino de Paris, c’est certain, l’atmosphère a su rester chaude pendant un show brillant et particulièrement bien interprété !
C’est une chose désormais entendue : l’âge d’or de la comédie musicale américaine a désormais enfin droit de cité dans l’hexagone et l’on se réjouit, dans ce cadre, de réentendre ou de découvrir, depuis novembre 2025, sur la scène du Casino de Paris, Chicago, la comédie musicale culte de John Kander et Fred Ebb.

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© Cyril Bruneau

On n’avait plus revu Chicago, depuis les représentations parisiennes de 2019 au théâtre Mogador, déjà alors présenté dans la traduction française de Nicolas Engel, et nous avons été emballé par un travail à l’homogénéité d’ensemble qu’il convient d’emblée de saluer. 

Le positionnement de l’orchestre (un big band de onze musiciens), en gradin de chaque côté de la scène, n’y est sans doute pas pour rien et permet à Dominique Trottein, dont le swing communicatif ne faiblit jamais dans ses diverses prestations, de faire entendre, grâce à une excellente phalange de cuivres et de bois pouvant s’appuyer sur une section rythmique (piano, basse, batterie) de haute volée, cette mine de « tubes » qu’est la partition brillante de John Kander, d’« All that jazz » (transformé ici en « faut qu’ça jazze ») à « Nowadays » en passant par « Razzle Dazzle », « Mister Cellophane » ou « Roxie » : un pur bonheur auditif et la confirmation que Bob Fosse ne s’était pas trompé en faisant travailler sa compagnie sur cette partition, l’une des plus passionnantes des années 1970.

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© Cyril Bruneau

Inspirée d’un fait divers réel survenu dans l’Amérique de la Prohibition et de la pièce de théâtre de Maurine Dallas Watkins, Chicago, on le sait, fonctionne avant tout comme une mise en abyme cynique et ironique d’une Amérique noyautée par la pègre, déjà gorgée de fake news, dont la presse et le public aiment à suivre les multiples épisodes… Si les meurtrières et les corrompus sortent gagnants à la fin de cette satire irrévérencieuse et chic, c’est avant tout par sa noirceur – jusque dans son humour ! – que l’ouvrage continue à nous intéresser aujourd’hui : la mise en scène de Véronique Bandelier, dans son décor unique sobre mais efficace, s’appuie sur des éléments scénographiques simples, comme cette échelle dans la prison – nous rappelant l’importance des marches dans l’esthétique de Broadway – ou ces chaises – si chères aux scénographies de Bob Fosse – sur lesquelles les artistes ont la possibilité de s’asseoir entre leurs numéros pour regarder leurs collègues à la manœuvre.

C’est bien évidemment la chorégraphie de Bob Fosse (dance Captain Dorit Oitzinger) ensuite portée à la scène par Ann Reinking lors de la reprise du show à Broadway, en 1996, qui, renforcée par les lumières de Ken Billington et ces fameuses tenues noires si associées à l’ouvrage, emporte l’adhésion du public par sa sensualité et la gestuelle si typique de Bob Fosse, l’un des plus grands chorégraphes du dernier siècle.

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© Cyril Bruneau

Côté distribution, on tient ici un plateau tout à fait convaincant. De Mary Sunshine, journaliste friande de scoops et d’informations à scandale, J. Lebraud dresse un portrait convaincant renforcé par une voix androgyne tout comme Waku Malanda, Mama Morton manipulatrice et cupide à souhait, dont la voix sait dégager toute la gouaille nécessaire dans un « Si tu donnes à Mama » de grande envergure. Reprenant le rôle d’Amos Hart, le mari naïf et, dans un premier temps, totalement invisible de Roxie, qu’il avait déjà incarné au théâtre Mogador, en 2018, Pierre Samuel réalise un grand numéro de théâtre musical dans son air « Monsieur Cellophane », empli d’émotion vraie mais jamais au détriment de la rigueur stylistique et de la projection de la voix.
Dans les costumes de Billy Flynn, l’avocat véreux, on trouve Jacques Preiss particulièrement à son aise, avec cette dose de cynisme et de morgue qu’il convient dans un rôle taillé sur mesure pour l’Entertainment : lors de chorégraphies faisant la part belle, comme il se doit depuis la création, aux girls et aux plumes roses, le chanteur se taille un franc succès personnel et délivre un « Mon truc à moi, c’est l’amour ! » irrésistible de goujaterie et de sex-appeal : un très bon moment !

Mais, comme dit la chanson, The best is yet to come (Le meilleur reste à venir), en la personne des deux principales protagonistes auxquelles il revient d’incarner le duo iconique Velma Kelly et Roxie Hart : Suite au forfait de Shy’m, il revient à Lisa Lanteri – doublure de celle-ci – de prendre la lumière ! Disons-le sans exagération, la panoplie n’est pas trop grande pour cette excellente danseuse- chanteuse dont les faux-airs de Patricia Kaas captent d’emblée l’attention, dès une entrée en scène sur un « faut qu’ça jazze » électrisant de précision rythmique et de séduction vocale. C’est la belle révélation de la soirée et on forme des vœux pour que cette prise de – premier ! – rôle soit suivie de bien d’autres dans le domaine du théâtre musical car l’interprète a vraisemblablement beaucoup à apporter au genre : on s’en réjouit d’avance !

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© Cyril Bruneau

On connaissait Vanessa Cailhol, déjà familière du monde de la comédie musicale : on la (re)découvre pourtant en Roxie, femme de mécano devenue star de Broadway, entourée de boys et auréolée, surtout, d’un sacré potentiel, elle-aussi, pour faire de l’Entertainment ! Tant sur le plan vocal que chorégraphique, il y a chez cette interprète une sorte d’évidence simple et complice à incarner un rôle dont elle semble créer devant nous la moindre mimique, le moindre geste chorégraphique : c’est du cousu main, sans faux-semblants, s’inscrivant dans la plus pure tradition de Broadway !

Et, bien évidemment, lorsque deux interprètes de ce niveau se retrouvent, finalement, face à face pour un Hot Honey Rag au swing chic et fringant, elles n’ont aucun mal à mettre le feu aux poudres d’un public chaud bouillant pour cette musique si enthousiasmante !

Hervé Casini
5 décembre 2025

Chicago (John Kander et Fred Ebb)

Direction musicale : Dominique Trottein (résident pour la France) – Mise en scène de la production originale : Walter Bobbie– Mise en scène résidente : Véronique Bandelier – Chorégraphie : Ann Reinking (d’après Bob Fosse) – Dorit Oitzinger (résidente pour la France) – Scénographie : John Lee Beatty – Costumes : William Ivey Long – Lumières : Ken Billington.

Distribution :
Velma Kelly : Lisa Lanteri – Roxie Hart : Vanessa Cailhol – Billy Flynn : Jacques Preiss – Mama Morton : Waku Malanda – Amos Hart : Pierre Samuel – Mary Sunshine : Josua Lebrau.
et la troupe : Astrid Dangeard, Clément Bernard-Cabrel, Emmanuelle Guélin, Gustave Vigneron, José Antonio Dominguez, Léo Maindron, Loïc Marchi, Marly Masivi, Salomé Dirmann, Sacha Mpongo, Scarlett Avedikian, Zoltan Zmarzlik.
et les danseurs : Nils Boyer, Yoan Grosjean (Assistant Dance Captain), Dorit Oitzinger (Dance Captain), Julie Thomas.

Production Namco et Stage Entertainment France

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