Belle Lurette – Théâtre du Gymnase
vendredi 9 janvier 2026

Belle Lurette – Théâtre du Gymnase

L’association des Tréteaux lyriques poursuit son travail d’introspection dans l’œuvre de Jacques Offenbach, en nous présentant cette année une rareté, la posthume Belle Lurette, un réel événement lyrique !

Au terme d’une vie, parsemée de nombreux grands succès et de quelques d’échecs, Offenbach connaîtra à titre posthume le 10 février 1881, un summum de reconnaissance avec la création de son opéra fantastique Les Contes d’Hoffmann donnés à l’Opéra Comique. De même, trois mois plus tôt, il n’avait pu assister aux représentations de son dernier opéra-comique, Belle Lurette, dans lequel il avait dressé un portrait réaliste de la condition féminine dans un Paris populaire. Présenté le 30 octobre 1880 au Théâtre de la Renaissance, l’ouvrage, que Léo Delibes s’était chargé de terminer, avait reçu un accueil agréable du public comme de la critique.

Belle Lurette 3

Le livret d’Ernest Blum, Édouard Blau et Raoul Toché situe l’intrigue à l’époque de Louis XV et met en scène la jeune Belle Lurette, employée de la blanchisserie tenue par Mme Marceline ; celle-ci recherche, le sacripant qui l’a lâchée autrefois, un certain Malicorne, devenu depuis, l’intendant du séduisant duc de Marly. Pour obéir à l’implacable décision de sa tante de le déshériter s’il reste garçon, le duc a décidé de se marier avec la première venue, à condition qu’elle soit jolie. Malicorne lui propose la vertueuse Belle Lurette. À peine la cérémonie achevée, notre héroïne découvre le rôle qu’on lui a fait jouer et surtout que son mari ne l’aime pas. Comme il l’a prévu, il s’est aussitôt éclipsé mais elle n’a de cesse de le retrouver et, pour faire casser le mariage, elle se prête à moult extravagances. Cela ne se fera cependant pas et elle finira même par conquérir réellement le cœur de son époux artificieux auquel elle s’est attachée.
Les trois actes nous transportent de la blanchisserie à l’hôtel particulier du duc de Marly, pour terminer dans le bal de la mi-carême donné sur les bords de Seine à Meudon.

le jabot du colonel polka

Quant à la partition, elle comprend une ouverture et 23 numéros parmi lesquels on peut relever : la chanson : Le jabot du colonel, la ronde : Belle Lurette a de beaux yeux, une citation comique du Beau Danube bleu, une seconde ronde très folklorique : Colett’ sur le lavoir, les couplets à double entente du souper: C’était le soir, la vue était vermeille, et surtout, à la fin de l’ouvrage, la page nostalgique évoquant le théâtre après la représentation, une sorte de testament du compositeur :

« On s’amuse, on applaudit
Pendant que dure la pièce,
Et puis le rideau s’abaisse,
Et quelqu’un vient qui vous dit :
Demain, affiches nouvelles,
Aujourd’hui plus rien à voir
Adieu, les amis, adieu, bonsoir !
On va souffler les chandelles. »

Notre avis sur la représentation du 9 janvier

Après La Périchole en 2022 et Les Brigands en 2024, la valeureuse troupe des Tréteaux lyriques (constituée pour la plupart d’amateurs bourrés d’énergie et de talent) nous fait revivre les aventures mouvementées de la jeune Belle Lurette dans cet ouvrage hélas pratiquement disparu des scènes depuis sa création. (Un bel enregistrement de l’ORTF en a été réalisé en 1965, mais non disponible dans le commerce).
Deux années de préparation se sont avérées nécessaires pour préparer et offrir un spectacle de qualité qui honore l’esprit pétillant d’Offenbach. Le metteur en scène Yves Coudray et le chef d’orchestre Laurent Goossaert ont donc mené en amont un véritable travail d’orfèvre, aboutissant à cette version totalement inédite : elle ravive les plaisirs intenses que procurent les ouvrages légers du répertoire des opéras-comiques du 19ème siècle. Yves Coudray, avec la complicité du scénographe costumier Michel Ronvaux, nous offre d’élégants tableaux colorés de surcroît superbement chorégraphiés par Francesca Bonato.

spectacle
Photo Philippe Pocidalo

Dans la fosse, les 19 musiciens menés par Laurent Goossaert accompagnent plus de trente artistes sur scène, choristes et solistes animés d’une même passion. La partition exige (comme souvent chez Offenbach) des solistes habitués à des prouesses vocales et ne reculant devant aucune difficulté.
La jeune Béatrice Grinfeld, soprano fort prometteuse, apporte au rôle de Belle Lurette une fraîcheur indéniable.
Face à elle, le ténor Hippolyte Bruneau (actif au sein de la troupe depuis 2023) campe un solide Duc de Marly ; on notera sa belle assurance ainsi qu’un indéniable don pour le jeu théâtral.
Marie-Charlotte Nantas (Marceline) apporte l’espièglerie nécessaire à son personnage et convainc pleinement par son jeu. D’autres figures amies et fidèles des Tréteaux lyriques, parmi lesquelles Adrien Le Doré (Malicorne), Didier Chalu (Belhomme), ainsi que Jean-Philippe Monnatte (Campistrel) complètent un plateau parfaitement équilibré. On salue, comme toujours, la justesse du chœur conduit par Julia Menna.

Une longue et belle soirée (3 actes conséquents) nous a permis de savourer cette rare pépite : un joli cadeau de début d’année !
Douze représentations sont prévues jusqu’au 1er février.

Philippe Pocidalo
9 janvier 2026

Belle Lurette (Offenbach)

Mise en scène : Yves Coudray – Orchestre du Théâtre de Rungis, direction : Laurent Goossaert.

Distribution :
Béatrice Grinfeld (Belle Lurette), Hippolyte Bruneau (le duc de Marly), Marie-Charlotte Nantas (Marceline), Adrien Le Doré (Malicorne), Didier Chalu (Belhomme), Jean-Philippe Monnatte (Campistrel),
et Sébastien Ferri, Lauris Stéphani, Myriam Berthieu, Noisette Narboni.Chœur : Les Tréteaux Lyriques.

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