Au Soleil du Mexique

Au Soleil du Mexique

Maurice Yvain (1891-1965)

 

En 1928, lorsque Maurice Lehmann prend la direction du théâtre du Châtelet, d’abord en collaboration avec Alexandre Fontanes qui présidait à la destinée de cette belle scène depuis 1902, le théâtre était spécialisé dans les pièces de théâtre ou féeries à grand spectacle. Dans son livre “Trompe l’œil” (1), Lehmann raconte ce qu’était une représentation au Châtelet :
“Il (Fontanes) n’employait à cette époque aucun syndiqué. Les musiciens étaient des “jaunes”, conduits par un curieux petit homme juché sur une estrade. Les machinistes attachés au théâtre étaient au nombre de six, pas plus nombreux que dans un théâtre de comédie ; quant au reste de l’équipe, qu’il est convenu d’appeler “technique”, elle était composée de tous les clochards qui attendaient l’ouverture des Halles et qui venaient donner un coup de main moyennant un sandwich et cinq francs. Les figurants entraient chaque soir par une porte spéciale où ils attendaient sagement depuis cinq heures de l’après-midi. On y trouvait bon nombre de malfaiteurs que la police recherchait et qui venaient se faire arrêter tout bêtement, croyant être camouflés mieux là qu’ailleurs, sous les oripeaux de Michel Strogoff ou du Tour du monde en 80 jours.
Il y avait quelques danseuses fort honorables, mais le corps de ballet était complété par ce que Fontanes appelait des “marcheuses” : c’était des figurantes que l’on plaçait au fond du théâtre. Elles étaient recrutées avant chaque représentation et devaient lever les bras et les baisser, plus ou moins en mesure, au signal du petit chef d’orchestre”.

Lehmann envisage de rompre avec le passé et rapidement se tourne vers le répertoire américain, décidant d’acclimater à Paris les opérettes à grand spectacle qui triomphaient à Broadway, ce que ne manquait pas de lui reprocher des compositeurs français tel Maurice Yvain. 
Show-Boat (Mississipi) ” tient ” 115 représentations. Fontanes, affolé par les projets de son “collègue”, se retire. Robert le pirate se joue 237 fois et Sidonie Panache, 500 fois. Nina-Rosa est un triomphe : 710 représentations consécutives.

Le moment est venu pour Lehmann de donner leur chance aux compositeurs français. Ce sera d’abord, le 22 décembre 1934, Au temps des merveilleuses, de Christiné et Richepin (342 représentations). Un an plus tard, Au soleil du Mexique permet à Maurice Yvain associé à un certain Granville dont le nom n’apparaît pas sur le livret (?), d’élargir son répertoire. Au soleil du Mexique se joue 347 fois. La partition, variée, bien rythmée, et faisant preuve d’un certain renouvellement dans sa manière habituelle, enchanta l’auditoire qui était venu nombreux applaudir les vedettes du moment : André Baugé (le torero Nino), Bach (Frascator) et Rivers Cadet, Mesdames Fanély Revoil (Juanita) et Danielle Brégis (Jessie).

Dans son “Histoire de l’Opérette”, Florian Bruyas (2) :
“Mais plus que la musique, plus encore que l’interprétation pourtant de premier ordre, c’est la mise en scène qui captiva surtout les spectateurs. Tous les nombreux tableaux étaient d’une magnificence indescriptible. Était-ce celui des arènes, toutes bruissantes des rumeurs de la corrida et garnies d’une foule superbement costumée, celui, ravissant, des danses hawaïennes dans la plantation d’Honolulu, ou celui, grandiose, de l’éruption du volcan que suit un tremblement de terre avec maisons écroulées, pont effondré dans le fleuve, etc… qui était le plus beau, le plus recherché ? Tout ce que l’on peut affirmer, c’est que le plaisir des yeux l’emportait au Châtelet, sur tous les autres et ceci était dû au grand directeur qui, toujours, veillait sur tous les détails en son théâtre préféré”.

(1) Éditions de La pensée moderne (1970)
(2) Éditions “Aux Arts” à Lyon (1974)

L’argument

Acte I

Matalongo, riche éleveur de taureaux souhaite voir sa fille Juanita épouser Tampico, un riche aficionado, ami du dictateur Cipriano. Mais le cœur de la jeune fille ne bat que pour le matador Nino Chicuelo, l’idole des Mexicains ; et le cœur de Nino ne bat que pour Juanita. Tampico est furieux en apprenant la nouvelle des fiançailles de son protégé Nino avec la belle Juanita. Son amitié pour le matador se transforme en haine et il décide de se venger.
Profitant de la passion du jeune homme pour le jeu, il l’entraîne dans une partie de poker étourdissante. L’un des joueurs, ami lui aussi du dictateur, triche manifestement. Nino s’en rend compte. La partie dégénère en rixe et, pour défendre sa vie, le matador poignarde son adversaire. Tampico propose à Nino de l’aider à se soustraire à la justice, à condition qu’il ne reparaisse jamais devant Juanita.
En attendant de partir pour l’exil, le jeune homme erre dans les rues de Mexico, le jour même où a lieu la plus brillante corrida de l’année. Il voudrait bien revoir Juanita une dernière fois. Au cours de la corrida, le “Rubio”, le plus féroce des taureaux, met hors de combat les meilleurs matadors. Nino ne peut résister. Il se précipite dans l’arène, tue l’animal, sous les vivats de la foule qui a reconnu son idole.
Furieux, Tampico veut le faire arrêter. Profitant d’une méprise de la police, et grâce à la complicité de Miss Jessie Thomson, une charmante américaine amoureuse de lui, Nino réussit à s’embarquer pour Honolulu, où la jeune femme possède une vaste propriété.

Acte II

À Honolulu, Jennie est aux petits soins pour Nino. Parmi les invités, on remarque Jérome Frascator, vedette française de l’écran, qui aspire à la main de sa belle hôtesse. Mais celle-ci aime Nino et voudrait l’épouser. Le jeune homme, lui, n’a pas oublié sa Juanita. En feuilletant un journal de Mexico, il lit l’annonce des fiançailles de Tampico et de sa bien-aimée. Fou de douleur, il arrache de son doigt l’anneau que lui avait donné sa promise en gage d’un amour éternel. Jessie s’empare du bijou.
Juanita arrive à Honolulu avec l’intention de rencontrer Nino. Mais, remarquant sa bague au doigt de l’Américaine, elle s’enfuit sans le revoir. Pour échapper à Tampico, Juanita se réfugie au couvent Notre-Dame de la Guadeloupe. Un séisme détruit son hacienda et la rend orpheline. Désespérée, sans famille, sans amour, elle décide de prendre le voile.
Nino apprend que l’annonce des fiançailles de sa bien-aimée n’était qu’une fausse nouvelle propagée par Tampico. Déguisé en mendiant, il pénètre dans le couvent accompagné de Frascator. Nino et Juanita tombent dans les bras l’un de l’autre. À ce moment la police et Tampico surviennent. Nino et Frascator sont arrêtés. Ils seraient fusillés sans une révolution providentielle qui leur permet d’obtenir leur grâce.
C’est la fin des épreuves pour Juanita et Nino, enfin réunis à jamais.

La partition

Ballet-ouverture
Acte I : “J’ai donné mon amour” (Juanita) ; Chanson d’entrée de Nino “Salut à vous, toutes les belles!” ; “C’est mon ra…, mon ravissant physique” (Frascator) ; Duo Nino-Juanita “Oui, J’ai peur, j’ai peur” ; Chœur  Quelle belle dans ” et ballet ; Duo Jessie-Nino  C’est le paradis, le vrai pays d’amour” ; “Le roi de l’arène” (Frascator) ; “Pour la revoir” (Nino) ; Chœur ” C’est le plus grand des toreros ” ; Final I

Acte II : “Aloha” (Jessie) ; “On croit toujours” (Nino) ; Reprise “C’est mon ra…, mon ravissant physique” (Frascator) ; “Moi, t’imer toujou” (Kokolani) ; danse et chant ” Gloire au ciel bleu de notre beau pays ” ; Duo des mendiants (Nino et Frascator) ; Chœur des nonnes et Juanita “O Vierge Noire” ; Duo Juanita et Nino “pour endormir ma douleur” ; Reprise “On croit toujours” (Nino) ; chant “La révolution” (le dictateur) ; Final II

— Fiche technique

Au soleil du Mexique
Opérette à grand spectacle en 2 actes et 16 tableaux de André Mouézy-Eon et Albert Willemetz. Musique de Maurice Yvain et R.Granville.
Création : Paris, théâtre du Châtelet, le 18 décembre 1935. Avec :
Danielle Brégis (Jessie), Fanély Revoil (Juanita), Neeka-Shaw (Kokolani), Violette Fleury (Dolorès), Colette Salomon (la supérieure), André Baugé (Nino), Bach (Frascator), Rivers Cadet (Mastepec), Barbero (Felipe Tampico), Coizeau (Matalongo/ Clark). Direction musicale, Maurice Frigara.
Éditions Chappell

Discographie

Janine Micheau, Christiane Jacquin, Charlotte Vacquier, Marcelle Sansonetti, Willy Clément, Maurice Porterat, René Smith, Gilbert Moryn, Georges Foix, Jacques Pruvost, Marcel Genio, Pierre Roi. Orch . Jules Gressier
RTF 1955

On trouve de rares airs de cet ouvrage dans les anthologies André Baugé. Marcel Merkès et Paulette Merval ont enregistré, sur vinyl 45T, 4 airs de Au soleil du Mexique : Entrée de Nino ; “C’est le paradis, le vrai pays d’amour” ; On croit toujours ; “Pour la revoir” (Odéon MOE 2129).

Références

Au soleil du Mexique n’a pas fait l’objet d’articles dans “Opérette”

Dernière modification: 26/02/2024

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