Depuis des décennies, l’ouvrage enflamme l’imaginaire des metteurs en scène, de Jean-Louis Barrault à Jérôme Savary, en passant par Alain Sachs ou Yves Robert.
Une basse-cour en folie !
Voilà bien la dernière extravagance de Valérie Lesort qui ne ménage pas les personnages de cette opérette créée en octobre 1866 au Théâtre du Palais-Royal. Offenbach et ses librettistes Meilhac et Halévy (à peine sortis du succès de leur Belle Hélène) récidivent deux ans après, ne se privant pas de railler la société parisienne des années 1860.
Cette critique caustique – conservée dans la mise en scène d’aujourd’hui – garde toute sa saveur et son humour décapant qui nous réjouissent totalement.

L’univers animalier familier de Valérie (plasticienne de formation) – on se souvient avec amusement des cochons animés utilisés dans le Domino noir, l’opéra-comique d’Auber monté en 2018 à la Salle Favart – sert l’ouvrage à merveille. Les prothèses sur mesure, adaptées à chaque personnage, les rendent en fin de compte attachants et soulignent leur vulnérabilité malgré la noirceur et l’ironie du propos.
Le second Empire nous est présenté dans un Paris, berceau de la dépravation de la bourgeoisie, de l’argent facile, de la brutalité des rapports de classe – sans oublier celle du pouvoir de domination de l’homme sur la femme.
Fort heureusement, la musique entraînante d’Offenbach nous embarque dans son sillage, nous faisant oublier ces propos tragi-comiques, entre deux griseries partagées avec les protagonistes de l’ouvrage.

Notre avis sur la représentation du 13 juin
Les comédiens du Français savent et aiment chanter : ils nous l’ont souvent prouvé ! Les Soirées Cabaret, hommages à des artistes ou auteurs tels que Gainsbourg, Ferré, Vian ou Souchon, nous ont offert de multiples occasions d’apprécier l’étendue et l’éclectisme de leur talent. Citons également les productions mémorables de L’Opéra de quat’ sous, ou de Mais quelle comédie !
Douze membres de la troupe composent la distribution : Benjamin Lavernhe (qui composa récemment un éblouissant Rodrigue du Cid) incarne Raoul de Gardefeu, face à son rival Bobinet joué par Baptiste Chabauty.
Christian Hecq et Yoann Gasiorowski campent d’improbables époux De Gondremark – d’une drôlerie irrésistible. Elsa Lepoivre nous séduit en majestueuse Métella, Marie Oppert est une délicieuse Gabrielle à la voix enjôleuse ; Véronique Vella revêt avec espièglerie l’habit de Pauline, sans omettre l’indispensable Brésilien de Serge Bagdassarian.
Ils sont entourés par Nicolas Lormeau (Prosper), Jérémy Lopez (Frick), ainsi que Sefa Yeboah (Joseph) et Mélissa Polonie (Urbain), qui ne déméritent pas.

Les cocasses costumes, imaginés par la géniale Vanessa Sannino, contribuent grandement à l’enchantement éprouvé devant ce spectacle inventif, qui restera dans les annale
La cheffe Alexandra Cravero conduit avec fougue l’Orchestre de chambre de Paris, soutenu par le chœur solide de l’Ensemble La Marquise. Enfin, cerise sur le gâteau : dix danseurs chevronnés mettent tout leur art au service de cette musique dont la gaieté traverse allègrement les époques !

Ce rendez-vous avec Offenbach, le second après La Périchole en 2022, ouvre de belles perspectives à Valérie Lesort et à son équipe pour replonger dans l’inépuisable répertoire du musicien.
Philippe Pocidalo
13 juin 2026
La Vie parisienne (Jacques Offenbach)
Direction musicale : Alexandra Cravero – Mise en scène : Valérie Lesort – Décors : Éric Ruf – Costumes : Vanessa Sannino – Chorégraphie : Rémi Boissy – Lumières : Pascal Laajili – Création des prothèses, volumes et marionnettes : Carole Allemand, avec la collaboration de Valérie Lesort – Conception effets son : Dominique Bataille – Création sonore : Stéphane Oskeritzian.
Distribution :
Métella : Elsa Lepoivre – Gabrielle : Marie Oppert – Pauline : Véronique Vella – Urbain/L’Employée : Mélissa Polonie.
Raoul de Gardefeu : Benjamin Lavernhe – Bobinet ; Baptiste Chabauty – Le Brésilien : Serge Bagdassarian – Le baron de Gondremark : Christian Hecq – La baronne de Gondremark : Yoann Gasiorowski – Prosper/Gontran : Nicolas Lormeau – Frick : Jérémy Lopez – Joseph/Alphonse : Sefa Yeboah.
Orchestre de chambre de Paris – Chœur Ensemble La Marquise, cheffe de chœur Lucie Rueda.





