Le mythe d’Orphée et d’Eurydice a toujours inspiré les musiciens, de Monteverdi à Gluck, ce dernier restant le plus célèbre avec l’air fameux ” j’ai perdu mon Eurydice”. Une reprise de cet ouvrage coïncide d’ailleurs avec la création d’Orphée aux Enfers, la parodie d’Offenbach. Créé en deux actes aux Bouffes Parisiens en 1858, il sera élargi en quatre actes dans une seconde version représentée à la Gaîté en 1874, après la chute de l’empire.
Autant la légende antique se révèle d’un pathétique poignant, autant l’adaptation d’Offenbach, Crémieux (et Halévy) inverse de façon dérisoire tous les symboles de l’amour conjugal ; seul le dénouement demeure semblable, à ceci près qu’Eurydice devient une bacchante. Bien que cet opéra-bouffe se moque allégrement de l’antiquité, il pointe en fait du doigt les travers de son temps, identifiant notamment le coureur de jupons qu’est l’empereur Napoléon III à Jupiter, l’un des personnages centraux de l’intrigue.

Quid de la production d’aujourd’hui proposée par L’Opéra Clandestin ?
Cette sympathique et courageuse compagnie, plongée comme bien d’autres dans une période compliquée pour les artistes indépendants, nous a fort divertis avec ce spectacle. Une fois de plus, son objectif (offrir une approche ludique d’ouvrages lyriques à un plus large public possible) semble atteint grâce à une présentation claire et de qualité de ce célèbre Offenbach. Découpé en trois tableaux (la Terre, l’Olympe et les Enfers), une part importante du spectacle est accordée à la chorégraphie avec notamment un cancan spectaculaire mis au point par Clémence Camus et ses danseuses.

Depuis maintenant plus de dix ans, Lucie Emeraude et Sophie de Guerry, les fondatrices de l’Opéra Clandestin, poursuivent cette mission de transmission ; présentes dans la distribution du spectacle, elles en assurent également la mise en scène. Une ambiance chaleureuse, déjà palpable dès l’ouverture et ressentie dans cette salle de spectacle un peu hors du temps, laissait présager une soirée très agréable.
La palette de talents des solistes, aussi à l’aise en chant qu’en comédie, réunissait Johnny Mutumbo (Orphée/Mercure), Lucie Emeraude (Eurydice/Vénus), Corentin Bournon (Jupiter), Flavien Maleval (Aristée /Pluton), Léo Fernique (l’Opinion publique) et Sophie de Guerry (Diane). Leur interprétation évite le piège de l’excès et de la vulgarité, comme c’est malheureusement le cas actuellement dans certaines productions données en Allemagne pour ne citer qu’elles.
Côté musiciens, une formation réduite mais suffisante, comprenant, au piano, Yuko Osawa, également chef de chœur, au violon, Thomas Cardineau et à la clarinette, Asami Okabayashi, jouent les arrangements de Jean-Baptiste Cougoulla.

Burlesque et déjanté, cet Orphée aux Enfers monté avec soin, aux costumes, décors, et lumières travaillés avec goût et raffinement, est un pur délice !
Cette production sera cet été au festival Les 3 coups de Jarnac, les 20 et 22 Juillet prochains à l’auditorium de Jarnac.
Philippe Pocidalo
4 juin 2026



