Deux Offenbach à l’Auguste-Théâtre
vendredi 23 janvier 2026

Deux Offenbach à l’Auguste-Théâtre

La Compagnie Fortunio a réuni, pour ce spectacle donné dans le petit écrin de l’Auguste Théâtre, deux charmants ouvrages en un acte de Jacques Offenbach : Apothicaire et Perruquier (1861) et Un mari à la porte (1859).
Si en 1858 Offenbach a obtenu le droit de produire des ouvrages avec autant d’actes et de personnages qu’il le désire, il continuera toute sa vie, entre opéras bouffes et opéras-comiques de plus grande envergure, à rester fidèle au format des un-actes, soit à cause d‘une intrigue qui l’inspire, soit pour servir de lever de rideau à un autre spectacle, soit pour tester sur scène de nouveaux interprètes. Parmi la trentaine d’ouvrages ainsi composés, les seuls à porter le nom d’opérette, certains sont restés très populaires comme Monsieur Choufleuri (1861), L’Île de Tulipatan (1868), Pomme d’Api (1873)… Attardons-nous quelque peu sur les deux ouvrages moins connus présentés ce soir et que le public a été heureux de redécouvrir.

Les ouvrages

Apothicaire et Perruquier

Cet acte, composé sur un livret de Elie Frébault, a été représenté sur la scène des Bouffes-Parisiens le 17 octobre 1861 (juste après Monsieur Choufleuri, et met en scène 4 personnages : M. Boudinet, sa fille Sempronia, son promis, Théobule Plumoizeau et le coiffeur Chilpéric.

1 Brice Poulot Derache Marina Ruiz Geoffroy Bertran et Xavier Meyrand Photo Pascal Goncz
Brice Poulot Derache, Marina Ruiz, Geoffroy Bertran et Xavier Meyrand (Photo Pascal Goncz)

Toute la pièce repose sur un énorme quiproquo qui remettra en cause le dénouement prévu.
En ce jour, M. Boudinet doit marier sa fille Sempronia avec le fils d’un vieil ami de La Palisse, l’apothicaire Plumoizeau. Ce mariage ne plaît guère à la demoiselle car elle ne connaît pas le promis choisi par son père. Lui-même a été marié de cette manière et n’a jamais eu à s’en plaindre. Arrive le coiffeur Chilpéric, tout frisé et élégamment vêtu ; Boudinet ne le connaît pas plus que le fils Plumoizeau et, pensant qu’il s’agit de ce dernier, le traite avec tous les égards possibles, leur conversation ne permettant pas de rétablir la vérité. Laissé un moment seul, le coiffeur ne comprend pas ce qui lui arrive puis se souvient avec émotion de la jeune femme à la superbe chevelure qu’il a rencontré dans sa ville de Carpentras et dont il s’est épris. Lorsque Sempronia pénètre dans le salon, il la reconnaît aussitôt comme son inconnue et elle même se souvient avec plaisir de lui et de sa cour uniquement faîte de regards, lorsqu’elle était en vacances chez sa tante de Carpentras. Comme elle le prend elle aussi pour son futur mari, elle trouve que le destin fait bien les choses.
C’est à ce moment qu’arrive le véritable fiancé, Théobule Plumoizeau, à la tenue peu soignée due à un voyage éprouvant. Sempronia et son père le prennent pour le coiffeur et le traitent sans ménagement pour son retard, ce qui l’irrite profondément. Chilpéric s’enflamme également et Boudinet a bien du mal à le calmer. Chargé de les départager Boudinet, qui n’a toujours pas compris la méprise, questionne sa fille qui lui avoue comment elle a connu Chilpéric dont elle espère devenir l’épouse. Le père se laisse d’autant plus convaincre que le coiffeur semble promis à un avenir avantageux grâce à ses inventions capillaires. C’est alors que les deux jeunes hommes découvrent qu’ils sont cousins et, tout heureux de cette rencontre, en oublient presque Sempronia. Celle-ci pourra cependant épouser celui qu’elle aime car les bans à la mairie n’auront pas besoin d’être changés puisque Chilpéric porte également le nom de Plumoiseau.

Un mari à la porte

Un acte d’Alfred Delacour et Léon Morand, créé sur la scène des Bouffes-Parisiens le 22 juin 1859, dans la foulée de la première série d’Orphée aux Enfers.

6 Lou Benzoni Grosset Charlotte Mercier et Brice Poulot Derache Photo Pascal Goncz
Lou Benzoni Grosset, Charlotte Mercier et Brice Poulot Derache (Photo Pascal Goncz)

4 personnages à nouveau : Henri Martel, dont c’est le soir de son mariage, Suzanne son épouse, son amie Rosita (rôle crée par Lise Tautin, la créatrice d’Eurydice, quelques mois plus tôt) et Florestan Ducroquet, jeune compositeur.
Quand le rideau s’ouvre, sous découvrons Florestan époussetant ses vêtements tout en observant la chambre dans laquelle il vient d’arriver… par la cheminée. En effet, surpris par un mari jaloux, il s’est échappé par les toits et n’a trouvé que ce moyen pour revenir sur terre, ou du moins au troisième étage du bâtiment. Un bal se fait entendre dans les pièces voisines, celui du mariage d’Henri Martel et de sa promise, Suzanne. Celle-ci, jeune et jolie, quoique capricieuse, vient de se fâcher avec son mari pour une bagatelle, et entre se réfugier dans sa chambre, suivie de son amie Rosita. Étouffant dans le placard où il s’est caché, Florestan ne tarde pas à être découvert et être pris pour un voleur. Il a bien du mal à rassurer les deux femmes mais ne peut se résoudre à sauter par la fenêtre pour éviter de les compromettre. La situation se complique lorsque Henri Martel vient aux nouvelles ; le premier mouvement de la jeune mariée est de fermer la porte au nez de son mari qui fait alors le siège de la chambre. Apprenant que le mari est l’huissier qui le poursuit pour dettes, Florestan jette la clé par la fenêtre. S’en suivent divers stratagèmes pour trouver une solution quand une corde providentielle permet à Florestan de s’enfuir, après avoir obtenu une promesse de mariage avec Rosita. L’honneur de Suzanne est donc sauf.

Le spectacle

Il s’est avéré des plus plaisants car les deux pièces ont été données « dans leur jus » c’est à dire en respectant totalement le livret et la partition, avec une mise en scène légère, soignée, sans extravagance moderniste, et évoluant dans un décor simple mais suffisamment évocateur. L’accompagnement musical se faisait au piano tenu avec talent par Romain Vaille, assurant par ailleurs la direction musicale. Les interprètes, fidèles de la Compagnie Fortunio (créée en 2012 par Geoffroy Bertrand, chanteur, metteur en scène, costumier, décorateur) sont tous de véritables professionnels, comme ils nous l’ont déjà prouvé dans les spectacles précédents (Gillette de Narbonne ou Joséphine vendue par ses sœurs, et des artistes complètement impliqués dans leurs multiples activités musicales.

Apothicaires et Perruquier.

Pour cet ouvrage, Offenbach s’est amusé à écrire un pastiche dans le style vocal du XVIIIe siècle. L’ouverture, légère, élégante, est une pièce isolée ne comportant aucun des thèmes chantés, comme c’était le cas pour les symphonies ouvrant les opéras de la fin de ce siècle. Elle évoque également le jeune Rossini dont Offenbach avait donné Bruschino aux Bouffes-Parisiens trois ans et demi plus tôt.

3 Geoffroy Bertran photo Pascal Goncz
Geoffroy Bertran (photo Pascal Goncz)


Pour rester dans ce style, les airs chantés par Boudinet (Geoffroy Bertrand en bourgeois ventripotent), « Je n’ai jamais connu l’amour », puis celui de Chilpéric (Xavier Meyrand) « Un ange, une femme inconnue, que je rencontrais chaque jour » ont la tournure des romances. Le duo réunissant Sempronia (Marina Ruiz) et Chilpéric, où chacun exprime sa surprise « Est-ce une erreur de mon œil en délire ? » se déroule sur un rythme de menuet quelque peu marqué par l’esquisse de quelques pas. Au court du quatuor qui suit son entée, Plumoizeau excédé rumine son exaspération, « Si ce n’était cette superbe femme, Ici, vraiment je ne resterais pas. » tandis que les autres expriment également les sentiments qui les agitent. La colère de Chilpéric que Boudinet, le prenant toujours pour son futur gendre, a du mal à calmer éclate dans le duo « Il est vif comme la poudre ! » Tout se calme avec les couplets de Sempronia dans lesquels elle parle d’elle-même et de sa rencontre avec Chilpéric d’une façon impersonnelle « Une fillette ingénue rencontrait en son chemin… » s’inspirant à nouveau des tournures anciennes. Le quatuor final « Oui, nous allons (vous allez) entrer en ménage » réunit les quatre personnages dans la bonne humeur qui a gagné Plumoizeau heureux d’échapper à un beau-père trop fantasque pour lui.

Un mari à la porte

Si Apothicaire et Perruquier peut être considéré comme un lever de rideau, Un mari à la porte affiche une partition nettement plus développée, même si elle comporte à peu près le même nombre de numéros.
L’introduction cite en entier la valse tyrolienne par la suite chantée par Rosita et que l’on entend encore en fond sonore permettant à Florestan (Brice Poulot Derache) de découvrir qu’une fête anime l’appartement dans lequel il est tombé, au sens premier du terme. Le duo suivant, un quasi galop « Ah !, ah !, ah ! Quelle mine piteuse » oppose les paroles amusées de Rosita (Charlotte Mercier) à la colère ridicule de Suzanne (Lou Benzoni Grosset) qu’elle essaie de calmer puis de ramener vers la fête en lui vantant les plaisirs de la valse « J’entends ma belle, la ritournelle aux sons si doux » dont elle entonne la cadence sur un rythme bientôt étourdissant de virtuosité.
La découverte de Florestan donne naissance à un trio « Juste ciel ! Que vois-je » largement développé et permettant au ténor de se présenter « Florestan Ducroquet, voilà Mesdames », suivi de la reprise des plus énergiques du trio. Pendant ce temps Martel (Geoffroy Bertran) patiente derrière la porte fermée à clé et sur laquelle il tambourine ; irritée et à bout d’argument, Suzanne finit par lui avouer qu’un homme se trouve dans la chambre, assertion non prise au sérieux par le mari et entraînant le quatuor « Il se moque de toi » dans lequel sont enchâssés en représailles les couplets en trio de la chanson à boire « Tu l’as voulu Georges Dandin ». Martel ayant fini par retrouver la clé jetée dans le jardin, Florestan se décide à se sacrifier en se jetant par la fenêtre, mais non sans panache un peu ridicule « Pour votre honneur, oui je m’immole », lorsqu’une corde lui permet enfin de s’esquiver pendant le Couplet au public « Ce soir ici, à son mari » reprenant le refrain « Tu l’as voulu Georges Dandin ».

2 Charlotte Mercier Brice Poulot Derache et Lou Benzoni Grosset Photo Pascal Goncz
Charlotte Mercier, Brice Poulot Derache et Lou Benzoni Grosset (Photo Pascal Goncz)

Et c’est sous les applaudissements mérités du public que ce termine ce spectacle, redonné le lendemain et le dimanche suivant au même théâtre ; il sera repris les 7 février (17h 45), 7 mars (17h 45), 16 avril (21h 15), 7 mai (21h 15) et 13 juin (17h 45) à la Comédie Saint-Michel (Paris 5).

Bernard Crétel
23 janvier 2026

Apothicaire et Perruquier (Offenbach)

Mise en scène, décors et costume : Geoffroy Bertran – Piano et direction musicale : Romain Vaille.
avec :
Marina Ruiz (Sempronia) – Xavier Meyrand (Chilpéric) – Geoffroy Bertran (Boudinet) – Brice Poulot Derache (Plumoizeau).

Un mari à la porte (Offenbach)

Mise en scène, décors et costume : Geoffroy Bertran – Piano et direction musicale : Romain Vaille.
avec :
Charlotte Mercier (Rosita) – Lou Benzoni Grosset (Suzanne) – Brice Poulot Derache (Florestan) – Geoffroy Bertran (Martel).

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