Luis Mariano (1914-1970) ténor

Luis Mariano (1914-1970) ténor

Luis Mariano restera pour la postérité le plus populaire ténor d’opérette du XXe siècle, dont la notoriété s’est également imposée durant une douzaine d’années (à partir de 1945) dans le domaine de la chanson, de l’opérette filmée ou du film musical « à la française ». Le point culminant de sa carrière se situe au début des années cinquante au moment où il triomphe au Châtelet dans Le chanteur de Mexico et au cinéma dans Violettes Impériales.

Comme Tino Rossi avant lui, comme Johnny Hallyday par la suite, Mariano aura des milliers de « fans » – surtout des admiratrices – qui prenaient d’assaut sa loge, qui s’évanouissaient sur son passage, qui lui écrivaient des milliers de lettres… Fondé en 1946, le « club Mariano », qui fonctionna une quinzaine d’années, compta jusqu’à 33 000 membres d’après Jean-Louis Chardans (1).

Luis Mariano est né à Irun, en Espagne, le 12 août 1914. Quelques années plus tard sa famille, les Gonzales, s’installe à Bordeaux où le père exerce le métier de garagiste. À l’école, le jeune garçon est plus intéressé par le dessin que par l’arithmétique ou la grammaire. Il a d’autres passions, le chant et la musique ; reçu au concours d’entrée, le voici au Conservatoire de Bordeaux… Sa décision est bientôt prise : il sera chanteur d’opéra ou d’opéra-comique.

En 1940, il fait la connaissance de Jeanne Lagiscarde, qui dirige le rayon classique de la maison de disques Bermond ; elle introduit son protégé dans les milieux artistiques de Bordeaux… En 1941, Luis s’inscrit à l’école des Beaux-Arts pour échapper au travail obligatoire en Allemagne… Jeanne le persuade de « monter » à Paris. Ce qu’il fera bientôt, muni d’une recommandation pour le ténor Michel Fontécha, professeur de chant, et accompagné de la fidèle Lagiscarde. Les leçons de Michel Fontécha lui seront bénéfiques, mais les débuts sont difficiles et le jeune ténor mène pendant plusieurs mois, avec Jeanne, une vie médiocre, gagnant de-ci de là quelques misérables cachets pour survivre.

Grâce à Guy Lafarge, il rencontre Max de Rieux qui l’engage pour chanter sur la scène du Palais de Chaillot Ernesto de Don Pasquale aux côtés de Vina Bovy et Gilbert Moryn (1943). Il rencontre Francis Lopez, mais il faudra attendre encore un peu pour que leur collaboration se concrétise. L’heure du succès va bientôt sonner pour lui… Les émissions de variétés et les galas se succèdent jusqu’à cette soirée du 24 décembre 1945, date de la création de La Belle de Cadix… Cette opérette de jeunes, chantée par des jeunes va connaître le triomphe que l’on sait : « Luis Mariano, ténor à la voix cuivrée, au « si bémol » somptueux, reprend la tradition des chanteurs de grand style des opérettes à grand spectacle. Il a une voix magnifique, aussi jolie dans sa plénitude, que dans les demi-teintes » (2).

En 1946, Luis Mariano tourne son premier véritable film, Cargaison Clandestine (musique de Joe Hajos)… Il est désormais célèbre et, au cours des années suivantes, sa notoriété ne fera que croître et embellir pour culminer au début des années cinquante, au théâtre avec Le Chanteur de Mexico (1951), au cinéma avec Violettes Impériales (1952), sur les ondes ou lors de galas avec les airs de ses opérettes ou des chansons comme « Qui sait… qui sait », « L’air de San Pedro », « Et flûte et zut », « Maria-Christina »…

En 1949/1950, il se sépare de la dévouée mais envahissante Jeanne Lagiscarde ; il engage comme chauffeur François Lacan dit « Patchi » qui deviendra son ami et l’un de ses héritiers. Entre 1946 et 1958, Luis Mariano tournera quinze opérettes filmées ou films musicaux : les plus célèbres opérettes de Lopez, créées par lui ou par d’autres (Quatre Jours à Paris, A la Jamaïque) et plusieurs longs métrages musicaux tels que Histoire de chanter (musique de José Lucchesi), Violettes Impériales (Lopez), L’Aventurier de Séville (Lopez et Quintero) et Sérénade au Texas (Lopez), sans oublier Le Tzarevitch d’après Lehar.

Au théâtre, notre ténor abandonne pour un temps Francis Lopez au bénéfice de Henri Bourtayre et Jacques-Henri Rys qui composent pour lui Chevalier du Ciel (1954) donné au théâtre de la Gaîté-Lyrique qui a été, quelques années plus tôt, le siège de son second succès théâtral, Andalousie (1948). Après une grande tournée avec le cirque Pinder, Luis Mariano crée, fin 1957 à Madrid, une opérette de Francis Lopez, La Cancion del amor mio qui ne remporte pas le succès espéré.

Et nous arrivons à l’aube des années soixante ; L’opérette commence à se replier sur elle-même et se réfugie dans les théâtres spécialisés. La notoriété des chanteurs de variétés tels André Claveau subissent fortement la vague yé-yé. Même Tino Rossi subit un temps le contrecoup de ce déferlement. Luis Mariano est toujours demandé par les télévisions, ses tours de chant ont encore du succès, mais il y a quelque chose de changé. Son passage à l’Olympia (1958), qui aurait déchaîné les foules quelques années plus tôt, ne remporte pas le triomphe escompté. Par contre, le public des théâtres d’opérette le plébiscite toujours.

Après Le Secret de Marco Polo au Châtelet (1959), nous retrouvons Luis à Paris dans Visa pour l’amour qu’il mène au succès avec sa partenaire Annie Cordy. Après la capitale, la pièce se joue en province jusqu’en 1964 ; le ténor chante ensuite en province Le Chanteur de Mexico et La Belle de Cadix avant d’effectuer une rentrée triomphale au Châtelet dans Le Prince de Madrid (1967) qui tient l’affiche dix-huit mois. Après la tournée du Prince de Madrid, Luis Mariano se sent fatigué et l’on s’inquiète pour sa santé. Il se repose trois mois puis rejoint Paris pour les répétitions de La Caravelle d’Or qui est créée le 20 décembre 1969. La maladie ne lui permettra pas d’achever la série de représentations. Il devra souvent être remplacé et quitte définitivement la scène le 10 mai 1970. Il s’éteint le 14 juillet 1970.
Luis Mariano entre alors dans la légende…

Jean-Claude Fournier

(1) “Luis Mariano”, “Ramsay Image” 1980
(2) Nous avons publié, dans le numéro 75 de notre revue, un dossier complet sur Luis Mariano. Nous conseillons au lecteur intéressé de s’y reporter.

Références

Vous retrouverez Luis Mariano dans « Opérette » n° 35, 57, 75, 95, 116, 117, 141, 148 & 155. Si l’un de ces articles vous intéresse, vous pouvez le consulter en allant sur notre page « Revue “Opérette” »

Site internet: www.luismariano.com

Adresse électronique: mariano.lacan@wanadoo.fr

Dernière modification 10/02/2024

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